« STRATEGIES DE SURVIE DES FONCTIONNAIRES NON REMUNERES EN CONTEXTE DE CRISE : LE CAS DE LA PROVINCE SANITAIRE DU NORD-KIVU EN RDC  2021-2024. »

  1. BIOGRAPHIE DE L’AUTEUR

WEMBO DJUNGA Jacques, Marié et père de 7 enfants.

Master en Gestion des Hôpitaux et Doctorant en Santé Publique.

Enseignant chargé des cours à l’ISETM VIRUNGA et à l’ISTM BENI. Il est Administrateur Gestionnaire des Zones de Santé Successivement de MUTWANGA, BENI et KATWA ; Administrateur de district sanitaire de BENI ; Conseiller technique du ministre de la Santé (Pendant la rébellion RCD KML) ; Coordonnateur Provincial du Programme National de Promotion de la Médecine traditionnelle Nord Kivu ; Inspecteur Administratif et   financier à l’Inspection Provinciale de Santé du Nord Kivu ; un Cadre à la division provinciale de la santé et Directeur Administratif et financier au Programme National de la transfusion sanguine.

  1. RESUME

L’étude intitulée « Stratégies de survie des fonctionnaires non rémunérés en contexte de crise : le cas de la Province Sanitaire du Nord-Kivu en RDC (2021-2024) » analyse les mécanismes d’adaptation développés par les agents de santé non rémunérés dans un contexte de précarité institutionnelle. Face à l’absence de salaires et de primes, ces fonctionnaires recourent massivement à des activités économiques parallèles telles que l’agriculture (60,7 %), l’élevage (49,4 %) et des activités extra-professionnelles (49,9 %) pour subvenir à leurs besoins. L’étude met également en évidence des pratiques plus sensibles, comme le monnayage de services (14 %) ou l’utilisation informelle des ressources publiques (35,8 %). En combinant approches qualitative et quantitative, l’enquête montre que ces stratégies, bien qu’indispensables à la survie, compromettent parfois l’éthique professionnelle, la performance au travail et la cohésion institutionnelle. Elle appelle à une réforme structurelle du système de rémunération publique et à une revalorisation du statut des agents dans les zones de crise.

Mots clés : Stratégie, survie, fonctionnaire, rémunération, crise, Agent, Zone, occupé

  1. INTRODUCTION

Depuis plusieurs décennies, la République Démocratique du Congo (RDC) est confrontée à une succession de crises multiformes qui ont profondément affecté son fonctionnement institutionnel, son tissu économique et les conditions de vie de sa population. Marquée par des conflits armés récurrents, une instabilité politique chronique et une gouvernance fragilisée, la RDC peine à assurer les fonctions essentielles de l’État, notamment la rémunération régulière et équitable de ses agents publics. Cette défaillance structurelle a entraîné un effondrement progressif des services publics et une précarisation croissante des fonctionnaires, en particulier dans des secteurs clés comme la santé.

Dans ce contexte, les agents de la fonction publique, notamment ceux déployés dans les zones les plus instables telles que la Province Sanitaire du Nord-Kivu, se trouvent dans une situation critique. D’après les données de 2024 de la Direction des Ressources Humaines du ministère de la Santé, la RDC compte 63 658 agents de santé rémunérés par l’État. Pourtant, dans la province sanitaire du Nord-Kivu, seuls 2 450 des 19 593 agents perçoivent un salaire, soit à peine 12,5 %. Par ailleurs, la prime de risque, censée compenser la faiblesse des salaires, ne bénéficie qu’à une minorité : 13 055 agents, soit 67 %, en sont exclus.

Ces travailleurs de la santé, non seulement privés de salaire, mais également écartés de toute forme de compensation, se retrouvent dans une précarité extrême. Pour subvenir à leurs besoins, ils sont contraints de recourir à des stratégies de survie souvent informelles, voire parallèles, remettant en question leur engagement dans le service public.

Dès lors, plusieurs questions s’imposent : comment ces fonctionnaires parviennent-ils à subvenir à leurs besoins sans rémunération officielle ? Quelles stratégies sociales, économiques ou relationnelles mettent-ils en œuvre pour faire face à cette marginalisation ? Et surtout, quelles sont les répercussions de cette situation sur leur bien-être, leur performance professionnelle et leur engagement au sein de l’administration publique ?

Ce travail vise à analyser les mécanismes de résilience développés par les agents de l’État opérant dans la Province Sanitaire du Nord-Kivu, en l’absence de rémunération et de primes. À travers une approche qualitative, il s’agira d’éclairer les dynamiques d’adaptation, les réseaux de solidarité mobilisés, ainsi que les défis quotidiens auxquels ces agents sont confrontés dans un contexte de crise prolongée.

3. QUESTIONS DE RECHERCHE

Comment les fonctionnaires œuvrant dans la province sanitaire du Nord Kivu non payés et non primés par l’État parviennent-ils à faire face au coût de la vie dans un contexte de crise économique prolongée ? ou Quelles stratégies de survie adoptent-ils pour compenser l’absence de salaire et des primes de risque ?

4. HYPOTHESE

Nous formulons l’hypothèse suivante : Les fonctionnaires non payés œuvrant dans la province sanitaire du Nord Kivu recourent à des stratégies économiques informelles, telles que des activités extra-professionnelles (agriculture, commerce, prestations de services privés) et des pratiques prohibées (corruption, détournement de fonds), pour faire face à l’augmentation du coût de la vie. Ces stratégies permettent de compenser l’absence de salaire et des primes de risque,

5. OBJECTIF DE LA RECHERCHE

0.5.1. Objectif Principal de l’Étude
L’objectif principal de cette étude est d’analyser les stratégies mises en place par les fonctionnaires de l’Etat œuvrant dans la Province Sanitaire du Nord Kivu pour gérer la hausse du coût de la vie en l’absence de salaires et des primes de risque. L’étude cherchera à identifier les pratiques économiques informelles et à évaluer leurs conséquences sur leur bien-être social, psychologique et professionnel.

0.5.2. Objectifs Spécifiques

  1. Étudier les stratégies de gestion du coût de la vie : Identifier les mécanismes économiques informels adoptés par les fonctionnaires pour survivre (activités agricoles, petits commerces, prestations de services).
  2. Analyser les pratiques prohibées : Étudier l’ampleur de la corruption, des détournements de fonds et d’autres pratiques illégales comme sources de revenus pour les fonctionnaires non payés.
  3. Évaluer l’impact de ces stratégies sur le bien-être des fonctionnaires : Analyser les répercussions sociales, psychologiques et familiales des stratégies de survie adoptées par les fonctionnaires.

6. ÉTAT DE LA QUESTION

À ce jour, peu d’études ont été menées spécifiquement sur les stratégies de survie des fonctionnaires non payés en République Démocratique du Congo. Toutefois, des recherches antérieures sur la crise économique congolaise (Kandolo, 2010 ; Tshipamba, 2015) et sur la gestion de la précarité dans les pays africains en général (Moyo, 2018) ont montré que les fonctionnaires, face à des salaires non payés ou insuffisants, développent des mécanismes informels pour compenser la perte de revenus. Ces mécanismes comprennent des activités de subsistance, des petits commerces, et parfois des pratiques illégales telles que le détournement de fonds publics ou la corruption. Cependant, ces études ne se sont pas spécifiquement intéressées à l’impact de ces stratégies sur le bien-être des fonctionnaires eux-mêmes.

Dans le cadre de cette étude, nous nous proposons d’aller au-delà de ces recherches existantes en nous concentrant spécifiquement sur le secteur de la santé et en explorant les implications sociales et professionnelles de ces stratégies de survie.

7. CHOIX ET INTERET DU SUJET

Cette étude vise à analyser les mécanismes d’adaptation mis en place par les fonctionnaires de l’État affectés dans la Province Sanitaire du Nord-Kivu, en l’absence de salaire et de primes, et à évaluer les impacts de ces pratiques sur leur vie personnelle et professionnelle.

Sur le plan scientifique, cette recherche contribue à enrichir la compréhension des dynamiques de résilience dans un contexte de défaillance étatique.

Elle comble un vide dans la littérature en examinant, à travers une approche empirique, les stratégies individuelles et collectives adoptées par des agents publics non rémunérés pour faire face à la crise. Elle s’inscrit ainsi dans les débats sur la gouvernance publique, l’économie informelle et les transformations du travail en contexte post-conflit.

Sur le plan pratique et politique, l’étude fournit des données concrètes et exploitables par les décideurs publics, les partenaires techniques et les organisations de la société civile. Elle permet de mettre en lumière les dysfonctionnements du système de rémunération publique, d’orienter les réformes en matière de gestion des ressources humaines, et de proposer des pistes d’intervention pour améliorer les conditions de vie et de travail des fonctionnaires dans les zones fragilisées.

En somme, cette recherche s’attache à comprendre les formes de résistance silencieuse déployées par des agents de l’État marginalisés, tout en contribuant à une réflexion plus large sur la restauration de la justice sociale et la redynamisation du service public en République Démocratique du Congo.

8. METHODOLOGIE DE RECHERCHE

Le cadre méthodologique de notre étude se structure en trois phases distinctes mais complémentaires : exploratoire, collecte des données, et traitement des données.

La phase exploratoire a permis d’établir une base solide de connaissances grâce à une recherche documentaire approfondie, des entretiens avec des acteurs clés du secteur de la santé, et une pré-enquête sur le terrain. Ces étapes ont été cruciales pour comprendre le mécanisme de survie des agents de santé dans la province du Nord-Kivu, particulièrement ceux qui ne reçoivent ni salaire ni prime.

La phase de collecte des données a impliqué une approche mixte, alliant méthodes qualitatives et quantitatives.

Cette approche a permis de recueillir des informations riches et variées à travers des observations, des entretiens individuels, et des questionnaires administrés à un échantillon représentatif. Ce choix méthodologique a visé à capturer la complexité de la réalité vécue par les agents de santé, tout en s’assurant de la représentativité des données collectées.

Enfin, le traitement des données, utilisant des outils statistiques appropriés, garanti une analyse rigoureuse et fiable des résultats. Cette démarche méthodologique, en mettant l’accent sur la validité scientifique, nous a permis d’atteindre nos objectifs de recherche et d’apporter une contribution significative à la compréhension du mécanisme d’adaptation mis en place par les fonctionnaires de l’État affectés dans la Province Sanitaire du Nord-Kivu, en l’absence de salaire et de primes.

  • PRESENTATION DES RESULTATS

Tableau n°1 : répartition des enquêtes ayant répondu qu’ils subsistent grâce aux travaux des champs pour pallier à l’impaiement de salaire et prime

RépondantFréquencePourcentage
 Non15739,3
Oui24260,7
Total399100,0
  • Majorité dépendante : Une majorité significative des répondants (60,7%) indique qu’ils subsistent grâce aux travaux des champs pour pallier au non-paiement de leurs salaires et primes. Cela souligne une dépendance économique sur ces activités, suggérant que les revenus réguliers issus des emplois formels ne sont pas suffisants ou fiables.
  • Proportion non dépendante : Près de 39,3% des répondants déclarent qu’ils ne dépendent pas des travaux des champs pour leur subsistance. Cela pourrait refléter une stabilité financière ou d’autres sources de revenus qui leur permettent de ne pas recourir à ces activités.

Le tableau met en lumière une préoccupation importante, avec une majorité des répondants qui comptent sur les travaux des champs pour compenser des salaires et primes non perçus. Cela indique une vulnérabilité économique significative au sein de la population interrogée. Il pourrait être essentiel d’explorer les causes sous-jacentes de l’impaiement des salaires et de mettre en place des solutions pour assurer des revenus stables, afin de réduire cette dépendance et améliorer la sécurité financière des fonctionnaires.

Tableau n°2 : répartition des enquêtes ayant répondu qu’ils subsistent grâce a l’élevage face a l’impaiement de salaire et prime

RépondantFréquencePourcentage
 Non20250,6
Oui19749,4
Total399100,0
  • Répartition presque équilibrée : Les réponses sont relativement équilibrées, avec 50,6% des répondants affirmant qu’ils ne subsistent pas grâce à l’élevage, tandis que 49,4% déclarent le contraire. Cela indique qu’il n’y a pas de majorité claire sur la dépendance à l’élevage pour compenser l’impaiement des salaires.
  • Signification de l’élevage : Bien qu’une proportion significative de répondants se fie à l’élevage, le fait qu’une majorité légèrement supérieure ne le fasse pas pourrait signifier qu’ils ont d’autres sources de revenus ou qu’ils ne considèrent pas l’élevage comme une activité principale.

Le tableau révèle que presque la moitié des répondants dépendent de l’élevage pour leur subsistance face à des salaires et primes non versés, ce qui souligne une vulnérabilité économique dans la population.

Cependant, la majorité qui ne dépend pas de cette source de revenus peut indiquer une diversité dans les moyens de subsistance. Il serait utile d’explorer davantage les raisons pour lesquelles certains choisissent ou ne choisissent pas l’élevage comme source principale de revenus, afin de mieux comprendre les dynamiques économiques de cette population et d’éventuellement proposer des solutions pour renforcer la sécurité financière des fonctionnaires.

Tableau n°3 : répartition des enquêtes ayant répondu qu’ils exercent des activités extra service

RépondantFréquencePourcentage
 Non20050,1
Oui19949,9
Total399100,0

La moitié des enquêtés ont avoué qu’en dehors de service ils font autres choses entre autres la direction des travaux des étudiants, la dispensation des cours, l’administration de soins aux patients à domicile, l’exercice pour la plupart des petits commerces, etc.

Tableau n°3 : répartition des enquêtes ayant répondu qu’ils monnaient le service 
RépondantFréquencePourcentage  
 Non34386,0  
Oui5614,0  
Total399100,0  
  • Majorité non impliquée : Une large majorité des répondants (86,0%) indique qu’ils ne monnaient pas leur service ni ne s’engagent dans des pratiques de corruption. Cela peut refléter un certain niveau d’éthique professionnelle ou de résistance à des pratiques illégales au sein de cette population.
  • Minorité impliquée : Environ 14,0% des répondants affirment qu’ils se livrent à la corruption ou à la concussion. Bien que ce chiffre soit minoritaire, il souligne une préoccupation importante concernant des pratiques illégales qui peuvent affecter l’intégrité des services et des institutions.

Le tableau met en évidence une forte majorité de répondants qui s’opposent à la corruption et à la concussion, ce qui est encourageant. Cependant, la présence d’une minorité engagée dans ces pratiques suggère qu’il existe des défis à relever pour promouvoir l’éthique et la transparence. Des initiatives visant à sensibiliser et à éduquer sur les conséquences de la corruption pourraient être bénéfiques pour réduire ces comportements et renforcer l’intégrité au sein des services.

Tableau n°4 : répartition des enquêtes ayant répondu qu’ils subsistent grâce aux frais de fonctionnement

RépondantFréquencePourcentage
 Non33985,0
Oui6015,0
Total399100,0

Certaines structures ayant des frais de fonctionnent s’organisent pour intervenir en faveur des impayés. 15% des enquêtés ont reconnu cette pratique comme faisant partie de mécanisme de survie.

Tableau n°5. : répartition des enquêtes ayant répondu qu’ils se débrouillent au travail pour pallier au non-paiement du salaire et de la prime

RépondantFréquencePourcentage
 Non25664,2
Oui14335,8
Total399100,0

36% des enquêtés ont reconnu qu’ils se débrouillent au travail. Débrouiller au sens d’utilisation des pratiques interdites dans le service pour avoir de l’argent.

Tableau n°6 : répartition des enquêtes ayant répondu qu’ils subsistent grâce aux revenus génères localement

RépondantFréquencePourcentage
 Non15839,6
Oui24160,4
Total399100,0

La plupart des structures de soins génèrent des recettes locales qui sont reparties conformément à la clé de répartition.  Le pourcentage alloué à la motivation varie entre 40 à 60%.

Tableau n°31 : répartition des enquêtes ayant répondu qu’ils subsistent grâce à la mendicité au travail et en dehors du travail pour faire face au non-paiement de salaire

RépondantFréquencePourcentage
 Non36792,0
Oui328,0
Total399100,0
  • Grande majorité autonome : Une écrasante majorité des répondants (92,0%) indique qu’ils ne subsistent pas grâce à la mendicité. Cela suggère que la grande majorité des individus interrogés ne considèrent pas la mendicité comme une option ou un recours pour faire face à des difficultés économiques liées au non-paiement de salaire.
  • Dépendance faible : Seulement 8,0% des répondants affirment qu’ils dépendent de la mendicité pour leur subsistance. Bien que ce chiffre soit faible, il met en lumière une réalité préoccupante pour une minorité qui se trouve dans une situation économique désespérée. Le tableau révèle que la mendicité n’est pas une source majoritaire de subsistance pour les répondants, ce qui pourrait indiquer une certaine stabilité ou des alternatives financières pour la plupart. Cependant, la présence d’une minorité qui y recourt souligne une vulnérabilité économique significative. Pour ces individus, des mesures de soutien supplémentaires pourraient être nécessaires pour améliorer leur situation, notamment des programmes d’assistance ou des initiatives visant à garantir des revenus stables.

Tableau n°7 : répartition des enquêtes ayant répondu qu’ils subsistent grâce au revenu de leur conjoints face au non-paiement du salaire.

RépondantFréquencePourcentage
 Non26365,9
Oui13634,1
Total399100,0

34% des enquêtés mariés ont répondu qu’ils tiennent le coup grâce au revenu de leur conjoint tout sexe confondu.

  • Majorité autonome : Une majorité des répondants (65,9%) indique qu’ils ne dépendent pas du revenu de leur conjoint pour subsister malgré le non-paiement de leur salaire. Cela peut refléter une certaine autonomie financière ou d’autres sources de revenus.
  • Dépendance significative : Environ 34,1% des répondants affirment qu’ils subsistent grâce au revenu de leur conjoint. Ce chiffre, bien que minoritaire, reste significatif et souligne l’importance du soutien financier conjugal dans les ménages, surtout en période de difficulté économique.

Le tableau indique que, bien qu’une majorité des répondants soit capable de se débrouiller sans l’aide de leur conjoint, une proportion notable dépend de ce revenu pour faire face aux difficultés liées aux impayés. Cela souligne l’importance du soutien conjugal dans la gestion des défis financiers. Pour améliorer la situation des fonctionnaires affectés par le non-paiement des salaires, il serait pertinent d’explorer des stratégies pour garantir des revenus stables, tout en tenant compte du rôle du conjoint dans le soutien financier des ménages.

Tableau n°8 : répartition des enquêtes ayant répondu qu’ils subsistent face au non-paiement de salaire grâce aux biens héritiers de leurs familles

RépondantFréquencePourcentage
 Non33183,0
Oui6817,0
Total399100,0
  • Majorité indépendante : Une vaste majorité des répondants (83,0%) indique qu’ils ne subsistent pas grâce aux biens héréditaires. Cela suggère que la plupart des individus interrogés n’ont pas de recours à des héritages pour faire face à des difficultés économiques.
  • Dépendance notable mais minoritaire : Environ 17,0% des répondants affirment qu’ils dépendent des biens héréditaires pour leur subsistance. Bien que ce chiffre soit minoritaire, il souligne l’importance de ces ressources pour une part significative de la population

Le tableau met en lumière une forte indépendance économique chez la majorité des répondants, qui ne s’appuient pas sur des biens héréditaires pour faire face au non-paiement de salaires. Cependant, la présence d’un groupe qui dépend de ces biens souligne l’importance des héritages dans certaines situations financières. Pour ceux qui ne disposent pas de cette aide, il serait pertinent d’explorer des moyens d’améliorer la sécurité économique, notamment par des mécanismes de soutien en cas de non-paiement des salaires.

Tableau n°34 : répartition des enquêtes ayant répondu qu’ils subsistent grâce aux reliquats

ReliquatFréquencePourcentage
 Non31979,9
Oui8020,1
Total399100,0

A la fin d’une activité organisée, le reliquat est partagé aux membres. Il peut s’agir d’une formation, d’une activité de masse et bien d’autres.

Tableau n°9 : répartition des enquêtes ayant répondu qu’ils subsistent grâce aux commissions au travail

RépondantFréquencePourcentage
 Non36992,5
Oui307,5
Total399100,0
  • Fortes proportions d’indépendance : Une écrasante majorité des répondants (92,5%) indique qu’ils ne subsistent pas grâce aux commissions. Cela suggère que, pour la grande majorité, les commissions ne constituent pas une source de revenu significative ou essentielle.
  • Dépendance faible : Seulement 7,5% des répondants affirment subsister grâce aux commissions. Cela montre que les commissions, même si elles peuvent être un complément, ne sont pas une base financière fiable pour la majorité des travailleurs.
  1. DISCUSSION ET COMMENTAIRE

Dans cette section, nous analyserons les méthodes utilisées par le fonctionnaire pour gérer le cout de la vie. Les tableaux présentés montrent les diverses stratégies adoptées par les fonctionnaires pour faire face au non-paiement de leur salaire et des primes. Voici un résumé des résultats ainsi qu’une analyse des raisons ou moyens utilisés, classés par ordre d’importance:

  1. Travaux des champs : 60,7% des fonctionnaires déclarent subsister grâce à cette activité. Cela représente une majorité significative, indiquant que l’agriculture est une source essentielle de revenus.

La Province du Nord-Kivu étant une Province à vocation Agropastorale, les agents s’adonnent à la culture vivrière pour l’autoconsommation et la culture de rentes pour couvrir les dépenses. L’élevage est parfois une épargne pour faire face aux aléas et un investissement souvent rentable.

L’agriculture peut avoir divers effets sur le travail d’un fonctionnaire qui pratique régulièrement le jardinage ou l’agriculture à côté de ses responsabilités professionnelles. Voici quelques points à considérer :

Effets Positifs

  1. Source de Revenus :
    • L’agriculture peut offrir une source de revenus stable pour les fonctionnaires, leur permettant de subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille.
  2. Autonomie Alimentaire :
    • Les fonctionnaires-cultivateurs peuvent produire leurs propres aliments, ce qui réduit leur dépendance vis-à-vis des marchés extérieurs et améliore leur sécurité alimentaire.
  3. Liens Sociaux :
    • Travailler la terre peut renforcer les liens communautaires, favorisant le partage de connaissances et la coopération entre les fonctionnaires et les agriculteurs.
  4. Préservation des Traditions :
    • L’agriculture peut aider à maintenir des pratiques culturelles et des savoir-faire transmis de génération en génération.
  5.  Équilibre Vie Professionnelle-Vie Privée :

Pratiquer l’agriculture peut offrir un moyen de décompression après le travail, permettant au fonctionnaire de se détendre et de se ressourcer.

  1. Apprentissage et Compétences :

L’expérience agricole peut développer des compétences pratiques, comme la gestion du temps, la planification et le travail en équipe, qui peuvent être bénéfiques dans son rôle de fonctionnaire.

  1. Santé Physique et Mentale :

Le travail physique dans le jardin ou à la ferme peut améliorer la condition physique, réduire le stress et favoriser un bien-être mental positif.

  1. Produits Frais :

Cultiver ses propres aliments peut contribuer à une alimentation plus saine, ce qui peut améliorer la concentration et la productivité au travail.

Effets Négatifs

  1. Charge de Travail Élevée :
    • L’agriculture demande souvent un travail physique intense, ce qui peut entraîner une fatigue chronique et des problèmes de santé.
  2. Vulnérabilité Économique :
    • Les fonctionnaires-cultivateurs peuvent être exposés aux fluctuations des marchés, aux conditions climatiques imprévisibles et aux catastrophes naturelles, ce qui peut menacer leur revenu.
  3. Impact Environnemental :
    • Les pratiques agricoles non durables peuvent entraîner la dégradation des sols, la perte de biodiversité et la pollution de l’eau, affectant la santé des fonctionnaires-cultivateurs et de leur environnement.
  4. Accès aux Ressources :
    • Les fonctionnaires-cultivateurs peuvent faire face à des difficultés d’accès aux ressources essentielles, comme l’eau, les semences de qualité ou le financement, ce qui limite leur productivité.
  5. Temps et Énergie :

La gestion des activités agricoles peut être chronophage, ce qui pourrait réduire le temps disponible pour le travail ou entraîner de la fatigue.

  1. Concentration et Performance :

Si le fonctionnaire est trop fatigué ou distrait par ses obligations agricoles, cela peut affecter sa concentration et sa performance dans son travail.

  1. Conflits de Priorités :

Les périodes de forte activité agricole, comme la récolte, peuvent entrer en conflit avec les obligations professionnelles, créant des tensions entre les deux rôles.

  1. Réglementations et Éthique :

Si le fonctionnaire doit gérer des responsabilités agricoles tout en étant en poste, cela peut soulever des questions éthiques ou réglementaires concernant l’utilisation du temps de travail.

Selon Jean-François Bayart, dans L’État en Afrique. La politique du ventre, les agents de l’État sont souvent contraints de développer des activités parallèles pour survivre, dans un système où l’économie formelle ne répond pas aux besoins réels des populations. Il parle d’un “État patrimonial” dans lequel les individus articulent fonction publique et activités économiques privées.

Cela montre que l’exercice des travaux agricoles, loin d’être un choix volontaire dans tous les cas, est souvent une nécessité imposée par les carences du système étatique.

Pour Max Weber, dans Économie et société, la bureaucratie repose sur une séparation nette entre les sphères privée et publique. Le fonctionnaire est censé se consacrer pleinement à ses fonctions publiques, dans une logique de rationalité et d’efficience. En travaillant aux champs, surtout pendant les heures de service, le fonctionnaire transgresse cette logique, ce qui peut entraîner une baisse de rendement, un absentéisme ou même une forme de “détournement implicite” du temps de l’État.

Cependant, comme le fait remarquer Achille Mbembe, dans ses réflexions sur l’africanité et les institutions postcoloniales, l’État africain est souvent perçu par les citoyens – y compris les fonctionnaires – comme un “espace distant”, parfois déconnecté des réalités du quotidien. Ainsi, les activités rurales, agricoles ou communautaires ne sont pas nécessairement vues comme un “manquement”, mais comme une forme d’enracinement social et de responsabilité envers la famille ou la communauté.

On retrouve là une tension entre logique institutionnelle occidentale et réalités locales africaines.

Paul Ricœur, dans Soi-même comme un autre, propose une distinction utile entre l’éthique de conviction (agir selon des principes) et l’éthique de responsabilité (agir selon les conséquences pour autrui). Le fonctionnaire qui travaille aux champs peut être vu comme quelqu’un qui assume une responsabilité envers sa famille, même s’il déroge aux principes professionnels attendus. Cette lecture invite à une compréhension plus humaine et nuancée du phénomène.

  1. Revenus générés localement : 60,4% s’appuient sur des revenus provenant d’activités locales.

D’après le rapport annuel sur les activités des soins de santé primaire 2023 de la province sanitaire du Nord-Kivu, la rémunération moyenne mensuelle d’un médecin s’élève à 281 dollars, tandis que celle d’un professionnel de santé (PROSANTE) est de 91 dollars. Ces montants restent insuffisants pour couvrir le coût de la vie, qui est particulièrement élevé dans la région. En conséquence, les médecins et les professionnels de santé, qui dépendent uniquement de ces revenus, éprouvent des difficultés financières importantes.

  1. Activités extra-service : Près de la moitié (49,9%) des répondants participent à des activités en dehors de leur emploi principal, montrant une volonté d’explorer d’autres sources de revenus.

Effets positifs : Amélioration des conditions de vie, réduction de la pression financière, Développement de compétences càd les activités secondaires (enseignement, artisanat, commerce, etc.) peuvent enrichir les compétences professionnelles ou entrepreneuriales du fonctionnaire.

Effets négatifs :

  1. Conflit d’intérêts et corruption potentielle :
    Un fonctionnaire peut être tenté d’utiliser ses fonctions publiques pour favoriser son activité privée (clientélisme, détournement de ressources, etc.).
  2. Manque de performance dans les tâches publiques :
    La fatigue ou le temps consacré aux activités privées peut nuire à la qualité du service rendu à l’État et aux citoyens.
  3. Atteinte à la déontologie et à la neutralité :
    Certains métiers ou services publics exigent une stricte impartialité. Une activité secondaire peut porter atteinte à cette exigence.
  4. Violation du statut de la fonction publique :
    les lois interdisent ou encadrent strictement les activités privées des fonctionnaires. Enfreindre ces règles peut mener à des sanctions disciplinaires.
  5. Inégalité et injustice perçue :
    Si certains fonctionnaires profitent de leur poste pour faire des affaires pendant leurs heures de service, cela crée un sentiment d’injustice parmi les collègues.

Le recours à des activités extra-professionnelles par les fonctionnaires, souvent motivé par des salaires insuffisants, renvoie à une réalité bien documentée. Selon Max Weber, la bureaucratie idéale repose sur la rationalité légale où le fonctionnaire est au service exclusif de l’État et doit respecter une stricte séparation entre son rôle public et ses intérêts privés. Or, l’exercice d’activités parallèles peut rompre cette logique et mettre en péril l’impartialité administrative.

Comme le souligne Jean-François Bayart dans L’État en Afrique, face à l’insuffisance salariale et l’absence de perspectives de promotion, les fonctionnaires développent des « stratégies d’autonomisation » économiques. Cela aboutit souvent à un système informel toléré, voire intégré à la culture administrative, mais qui affaiblit l’autorité de l’État.

De même, Pierre Bourdieu évoquait la notion de double appartenance (champ professionnel et champ économique) comme un facteur de tension. Le fonctionnaire, en poursuivant des intérêts économiques personnels, peut perdre de vue son engagement envers le service public.

Cependant, des auteurs comme Amartya Sen, dans son approche du développement humain, rappellent que le bien-être individuel est un préalable à la performance collective. Si un agent public ne peut satisfaire ses besoins fondamentaux, il est illusoire d’attendre de lui un comportement professionnel irréprochable.

  1. Élevage : Bien que 49,4% des répondants mentionnent l’élevage, cela représente un chiffre proche de la moitié. L’élevage peut compléter les revenus agricoles.

L’élevage par un agent de l’État, surtout en contexte de non-paiement de salaires, peut être un acte de résilience mais doit être encadré pour éviter les abus. Il est essentiel que cette activité reste en dehors des heures de service, respecte les obligations déontologiques, et ne compromette pas les missions de service public. Si l’élevage est pratiqué pendant les heures de travail, cela peut nuire à la qualité du service public et entraîner des absences ou une baisse de performance. Il y a un risque que l’agent utilise du matériel, du temps, ou même des locaux de l’État à des fins personnelles, ce qui constitue une faute professionnelle.

Cumuler deux activités peut entraîner un épuisement physique et mental, réduisant l’efficacité dans les deux domaines.

La pratique peut être perçue comme un signe de mauvaise gouvernance ou de précarité du service public, affectant la confiance des citoyens. Le Code de conduite de l’agent public de l’État en République Démocratique du Congo stipule que l’agent doit se comporter de manière à préserver la confiance du public envers l’État, s’abstenir de tout acte susceptible de compromettre l’honneur et la dignité de ses fonctions, et éviter les conflits d’intérêts.

Ainsi, si l’élevage est pratiqué pendant les heures de service ou avec des ressources publiques, cela pourrait constituer une violation des principes éthiques et déontologiques.

  1. Se débrouiller au travail : 35,8% affirment qu’ils réussissent à trouver des solutions à travers leur travail, indiquant une capacité d’adaptation dans un environnement difficile.

Le terme se débrouiller est voilé, il s’agit des mauvaises pratiques interdites. Jean-Pierre Olivier de Sardan, anthropologue, a développé le concept d’« économie morale de la corruption » pour décrire comment, en Afrique, la corruption est souvent perçue comme une norme sociale plutôt qu’une déviation. Il souligne que « la corruption est devenue, dans la quasi-totalité des pays africains, un élément routinier du fonctionnement des appareils administratifs ou para-administratifs, du sommet à la base ». Cette banalisation peut amener certains fonctionnaires à considérer le détournement comme une stratégie de survie face à des conditions de travail précaires.

Dans un article publié par Jeune Afrique, François Soudan affirme que « le fonctionnaire honnête paie souvent sa probité au prix d’une quasi-exclusion sociale ». Il met en lumière la pression sociale et professionnelle qui pousse certains agents publics à adopter des pratiques corruptives, soulignant que « tant que les racines sociales, économiques, culturelles du mal ne seront pas traitées, la lutte contre la corruption demeurera une antienne obligée des discours présidentiels et des organisations internationales, sans effet sur la réalité »

Garga Haman Adji, lors d’un atelier organisé par le Gerddes-Cameroun, définit la corruption comme « le résultat d’un acte conscient de déviation, généralement pour de l’argent, des normes légales ou sociales, morales ou spirituelles ». Il souligne que « c’est parce qu’elle est un déni des principes constitutionnels ou légaux de l’égalité des citoyens en droits et en devoirs, de la gratuité du service public, de la protection des droits de propriété, que la corruption est sanctionnée pénalement, moralement et civilement, et non l’inverse ».

Selon les juristes Perry Grace Selemani Ngwamba et Joel Mutshimwana Kafwata, « les détournements commis par des personnes détentrices de mandat public est un comportement incriminé en droit pénal congolais et sévèrement puni ». Ils précisent que les auteurs de cette infraction sont passibles d’une peine allant de un jusqu’à vingt ans de travaux forcés, avec des peines complémentaires telles que l’interdiction d’accès aux fonctions publiques et paraétatiques, la privation du droit à la condamnation ou à la libération conditionnelle, et l’expulsion définitive du territoire pour les étrangers.

  1. Revenus de leur conjoint : 34,1% des fonctionnaires dépendent des revenus de leur partenaire, ce qui montre l’importance de la solidarité familiale.
  2. Biens hérités : Seuls 17% des répondants affirment subsister grâce aux biens hérités, ce qui indique que cette méthode n’est pas courante.
  3. Commissions au travail : 7,5% des fonctionnaires mentionnent les commissions comme une source de revenu, mais cela reste marginal.
  4. Mendicité : Seulement 8% des répondants se tournent vers la mendicité, ce qui montre que cette stratégie est rarement choisie.

La mendicité d’un agent de l’État pour pallier le non-paiement de son salaire est une manifestation extrême des dysfonctionnements systémiques dans la fonction publique. Elle reflète une combinaison de facteurs, notamment des salaires insuffisants, une gouvernance défaillante et une absence de mécanismes de soutien adéquats. Il est essentiel que l’État prenne des mesures pour garantir une rémunération juste et régulière de ses agents, afin de prévenir de telles situations et de restaurer la confiance du public dans les institutions. Guy Georges Muyika Matsimu, dans son analyse des comportements des agents publics à N’Djili, indique que « l’insuffisance de la rémunération des agents communaux est à la base de leur mauvais comportement ». Il mentionne que, face à des salaires insuffisants, certains agents sont obligés de recourir à des pratiques telles que la mendicité, la corruption ou d’autres formes de sollicitation pour subvenir à leurs besoins

  1. Frais de fonctionnement : 15% dépendent des frais de fonctionnement, ce qui est également un pourcentage relativement faible.
  2. Monnayage du service : 14% des fonctionnaires disent monnayer leurs services, indiquant une forme d’initiative individuelle pour compenser le manque de salaire.

Bien que la monétisation des services publics par des fonctionnaires non rémunérés puisse être perçue comme une réponse à des arriérés de salaires, elle constitue une violation grave des principes éthiques et juridiques de la fonction publique. Il est impératif que l’État assure une rémunération juste et régulière de ses agents pour prévenir ces dérives et restaurer la confiance du public dans les institutions

  1. Reliquats partagés d’activités : 20,1% ont recours à cette méthode, bien que ce soit moins fréquent que d’autres stratégies.

Classement des moyens utilisés par ordre d’importance

  1. Travaux des champs (60,7%)
  2. Revenus générés localement (60,4%)
  3. Activités extra-service (49,9%)
  4. Élevage (49,4%)
  5. Se débrouiller au travail (35,8%)
  6. Revenus de leur conjoint (34,1%)
  7. Biens hérités (17,0%)
  8. Frais de fonctionnement (15,0%)
  9. Monnayage du service (14,0%)
  10. Reliquats partagés d’activités (20,1%)
  11. Commissions au travail (7,5%)
  12. Mendicité (8,0%)

Les résultats de la recherche confirment l’hypothèse de départ. Les fonctionnaires non payés dans la province sanitaire du Nord-Kivu recourent effectivement à un éventail de stratégies économiques informelles, allant d’activités secondaires licites à des pratiques illégales, pour compenser l’absence de rémunération. Cette dynamique s’explique à la fois par des conditions de vie précaires, un encadrement institutionnel défaillant, et une normalisation de certaines pratiques au sein de la fonction publique locale.

  1. CONCLUSION

Les résultats de l’étude menée entre 2021 et 2024 dans la province sanitaire du Nord-Kivu confirment clairement l’hypothèse selon laquelle les fonctionnaires non rémunérés développent des stratégies de survie informelles face à la précarité. Les activités agricoles, commerciales ou parallèles deviennent des alternatives économiques, tandis que certaines pratiques, bien que marginales, franchissent la limite de la légalité. Ces mécanismes, bien que nécessaires à leur subsistance, soulignent une profonde fragilité du système étatique et mettent en tension l’éthique professionnelle des agents. Ce constat renforce la nécessité d’une réforme urgente du système de rémunération et d’un appui institutionnel renforcé en zones fragilisées.

  1. RECOMMANDATIONS

Au terme de cette étude portant sur les stratégies de survie des fonctionnaires non rémunérés dans la Province Sanitaire du Nord-Kivu, plusieurs constats critiques ont été mis en évidence, notamment la précarité généralisée, la diversification informelle des sources de revenus, et les tensions entre éthique professionnelle et nécessité de subsistance. Partant des résultats obtenus et de l’analyse discussionnelle, les recommandations suivantes sont formulées afin de contribuer à l’amélioration durable des conditions de vie et de travail des agents de l’État dans un contexte de crise prolongée.

  1. Recommandations institutionnelles

1.1. Mise en place d’un système de rémunération fiable et équitable
Il est crucial pour l’État congolais de garantir le paiement régulier des salaires à l’ensemble de ses agents, y compris ceux affectés dans les zones en crise. Cela nécessite une actualisation rigoureuse des listings, une mécanisation progressive des agents non pris en charge, et le recours à un système biométrique centralisé pour limiter les fraudes et les doublons.

  1. Extension de la prime de risque à tous les agents exerçant dans des contextes à haut risque
    Dans des provinces comme le Nord-Kivu, marquées par une insécurité chronique, il est fondamental que tous les agents de santé bénéficient de la prime de risque, conformément aux principes d’équité et de justice sociale.
  1. Renforcement des mécanismes de suivi et de transparence dans la gestion des fonds locaux
    La redistribution des revenus générés au niveau des structures sanitaires doit être encadrée par des mécanismes de gouvernance renforcés (audit, comités de gestion, reddition de comptes) afin de prévenir les abus et de garantir une utilisation éthique des ressources.

2. Recommandations socioéconomiques

2.1. Appui aux activités génératrices de revenus à travers un encadrement institutionnalisé
Les agents non rémunérés devraient bénéficier de programmes d’appui économique structurés : accès au microcrédit, formation à la gestion d’activités commerciales, dotation en intrants agricoles. Cela permettrait de sécuriser leurs sources de revenu tout en réduisant l’impact négatif sur leur engagement professionnel.

2.2. Développement de mécanismes de solidarité et de protection sociale
Il est recommandé de promouvoir, en partenariat avec les ONG et les acteurs communautaires, la mise en place de mutuelles de solidarité, de caisses de secours ou de filets sociaux adaptés aux agents publics précarisés.

2.3. Amélioration des infrastructures rurales au service des initiatives agro-pastorales
Étant donné que les activités agricoles et d’élevage constituent des stratégies de survie dominantes, l’État et ses partenaires devraient investir dans les infrastructures rurales (routes, marchés, services vétérinaires), afin d’améliorer la rentabilité et la durabilité de ces pratiques.

3. Recommandations éthiques et professionnelles

3.1. Renforcement de la formation continue sur l’éthique et la déontologie de la fonction publique


Des sessions de formation ciblées doivent être organisée afin de sensibiliser les agents aux principes éthiques du service public, à la prévention de la corruption, et aux responsabilités professionnelles. Cela aidera à réduire les pratiques informelles et à restaurer la légitimité du service public.

3.2. Mise en place d’un dispositif de soutien psychosocial


Face aux impacts psychologiques de la précarité et à la perte de sens du travail, il est indispensable d’instituer des cellules d’écoute, des services de soutien psychologique et des espaces de parole pour les agents de santé exposés à des conditions extrêmes.

3.3. Réaffirmation du contrat social entre l’État et ses fonctionnaires
Une réforme en profondeur du système de gouvernance publique est nécessaire afin de rétablir la confiance entre l’administration et ses agents. Cette réforme devrait reposer sur une reconnaissance effective du travail des fonctionnaires, une valorisation de leur rôle, et une responsabilisation partagée dans la construction du service public.

  1. BIBLIOGRAPHIE

1. Ouvrages

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3. Articles

  • Bass, B. M. (1990). From transactional to transformational leadership: Learning to share the vision. Organizational Dynamics, 18(3), 19-31.
  • Kahn, W. A. (1990). Psychological conditions of personal engagement and disengagement at work. Academy of Management Journal, 33(4), 692-724.

4. Textes juridiques

  • Constitution de la RDC (2006).
  • Ordonnance loi n°23/006 du 3 mars 2023 modifiant et complétant la loi n°18/035 du 13 décembre 2018 fixant les principes fondamentaux relatifs à l’organisation de la santé publique.
  • LA loi n°16/2016 portant Statut des agents de carrière des services publics de l’Etat, 2016.

Dr. WEMBO DJUNGA Jacques

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