LA POLICE NATIONALE CONGOLAISE ET LA GESTION DE L’INSECURITE A GOMA SOUS L’ÉTAT DE SIEGE : DEFIS, ENJEUX ET PERSPECTIVES

Par : Prof. Alain ALISA JOB SAMBOKERA 

LA POLICE NATIONALE CONGOLAISE ET LA GESTION DE L’INSECURITE A GOMA SOUS L’ÉTAT DE SIEGE : DEFIS, ENJEUX ET PERSPECTIVES

Par : Prof. Alain ALISA JOB SAMBOKERA 

a. BIOGRAPHIE DE L’AUTEUR  

 Alain ALISA JOB est Docteur en Pédagogie et Didactique des Disciplines, orientation Gouvernance électorale et sécuritaire à l’UPN. Officier Supérieur de la Police Nationale Congolaise au grade de Commissaire Supérieur principal et Professeur d’Universités de la Région. Actuellement il assume plusieurs fonctions au vu de ses performances et de ses expériences Ancien chef de section sécurité et ordre public au cabinet du gouverneur militaire. Commissaire provincial en charge de la police Judiciaire au nord Kivu ; Conseiller Stratégique et de Coopération à la coordination nationale de la Reserve Armée et de Défense en RDC.

En sa qualité de professeur, soulignons qu’il est le Vice-Recteur et Promoteur de l’Université des Martyrs du Congo en charge de la recherche.

  1. DEFINITION CONCEPTUELLE
  2. Situation géographique de la Ville de Goma

Goma est une ville située à l’est de la République démocratique du Congo, sur la rive nord du lac Kivu. Elle est le chef-lieu de la province du Nord-Kivu et se trouve à environ 1 500 mètres d’altitude dans la vallée du Rift.

Voici quelques points clés sur Goma :

Police nationaleLa Police Nationale Congolaise (PNC) est un service public civil, accessible et à l’écoute de la population. Elle est chargée de la sécurité et de la tranquillité publiques, de la sécurité des personnes et de leurs biens, ainsi que du maintien et du rétablissement de l’ordre public[2]. La PNC exerce également des fonctions de police administrative et judiciaire[3].

  • Rôle de la PNC dans le maintien de la paix en milieu urbain à Goma

Dans la ville de Goma, comme dans d’autres ville de la RDC, la police s’assigne des rôles de la manière ci-après:

  1. Sécurité et tranquillité publiques : La PNC veille à la sécurité des citoyens et à la tranquillité des quartiers en effectuant des patrouilles régulières et en intervenant rapidement en cas de troubles.
  2. Protection des personnes et des biens : Elle protège les habitants et leurs biens contre les actes criminels, les vols et autres infractions.
  3. Maintien et rétablissement de l’ordre public : En cas de manifestations, de conflits ou de violences urbaines, la PNC intervient pour rétablir l’ordre et assurer la sécurité de tous.
  4. Collaboration avec la communauté : La PNC travaille en étroite collaboration avec les leaders communautaires et les organisations locales pour identifier et résoudre les problèmes de sécurité spécifiques à Goma.
  5. Formation et professionnalisme : Les agents de la PNC reçoivent une formation continue pour améliorer leurs compétences et leur efficacité dans le maintien de la paix et de l’ordre.

De tout ce qui précède, la Ville de GOMA est depuis plusieurs années au cœur de l’instabilité et des violences qui touchent l’est de la République Démocratique du Congo (RDC).

Pour faire face à cette insécurité persistante, un état de siège a été décrété en mai 2021 dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, donnant des pouvoirs accrus aux autorités militaires. Cependant, malgré cette mesure, la situation sécuritaire reste précaire, et la Police Nationale Congolaise (PNC) se trouve au cœur de cette gestion sécuritaire complexe. Malgré la militarisation accrue des efforts sécuritaires, la PNC continue de jouer un rôle important dans la gestion de l’insécurité urbaine. Cependant, elle rencontre de nombreuses difficultés, notamment :

  1. Le manque d’effectifs

 La PNC à Goma souffre d’un sous-effectif chronique. Les forces de l’ordre sont numériquement insuffisantes pour couvrir l’ensemble des quartiers de la ville, particulièrement dans les zones les plus sensibles où l’insécurité est élevée.

  • Les défis logistiques

 En plus des effectifs limités, la PNC manque de moyens logistiques adéquats. Les véhicules, les équipements de communication, et les ressources matérielles nécessaires pour répondre efficacement aux incidents criminels sont souvent insuffisants ou inadaptés.

  • La coordination avec les forces militaires

Sous l’état de siège, les opérations sont principalement dirigées par les forces militaires. Cette militarisation de la réponse à l’insécurité a parfois conduit à une marginalisation de la PNC, dont le rôle dans le maintien de l’ordre est essentiel en période de calme relatif. Le manque de coordination fluide entre la PNC et l’armée a rendu plus difficile la mise en œuvre d’une réponse holistique à l’insécurité.

  • Le manque d’information et de sensibilisation sur le rôle de la PNC

Sous l’état de siège, une des grandes difficultés pour la population réside dans la confusion autour du rôle de la PNC. Avec l’armée en charge de plusieurs aspects de la sécurité, le rôle de la police devient flou pour bon nombre de citoyens. Cette situation est accentuée par l’absence d’une communication claire et régulière sur les tâches spécifiques de la PNC, surtout en période d’Etat de siège.

Par conséquent, la population ne sait souvent pas à qui s’adresser en cas d’urgence, ou méconnaît les procédures en place pour signaler les actes criminels. Ce manque d’information réduit l’efficacité des interventions de la PNC et crée un fossé entre la police et la population.

  • Les difficultés financières et institutionnelles

La PNC fait également face à des difficultés financières qui limitent sa capacité à opérer de manière efficace. Les retards dans le paiement des salaires, le manque de fonds pour l’entretien des infrastructures et l’absence de formation continue pour les agents sont des obstacles majeurs à la mise en place d’un dispositif de sécurité durable à Goma.

  • Quelles perspectives pour améliorer le rôle de la PNC ?

Pour que la Police Nationale Congolaise puisse répondre de manière efficace aux besoins sécuritaires de la ville de Goma, plusieurs pistes de solutions doivent être envisagées :

Renforcement des effectifs : Il est primordial d’accroître le nombre de policiers opérationnels à Goma, surtout dans les zones les plus affectées par l’insécurité.

Amélioration de la logistique : Doter la PNC des moyens logistiques nécessaires, tels que des véhicules, des radios, et des équipements modernes, est essentiel pour assurer une réponse rapide et efficace.

Clarification du rôle de la PNC : Une campagne d’information à grande échelle doit être menée pour sensibiliser la population sur le rôle exact de la PNC sous l’état de siège. Cela permettrait d’éviter la confusion et de renforcer la collaboration entre la police et la population.

Meilleure coordination avec les forces militaires : Une collaboration étroite entre la PNC et les FARDC est indispensable pour harmoniser les actions de sécurité et offrir une réponse plus cohérente à la criminalité urbaine.

Formation et encadrement du personnel : La PNC doit bénéficier de formations régulières pour s’adapter aux défis sécuritaires actuels. Cela inclut une formation aux nouvelles technologies de sécurité, ainsi qu’un renforcement des compétences en matière de gestion des conflits.

  • Etat de Sièges pour la sécurisation de la population dans la Ville de Goma

La ville de Goma, sous état de siège depuis mai 2021, fait face à plusieurs défis et enjeux en matière de sécurité à l’est de la République Démocratique du Congo (RDC).

L’état de siège a été instauré avec l’objectif de renforcer les efforts militaires et sécuritaires pour combattre les groupes armés qui sévissent dans ces régions. Toutefois, la persistance des violences, notamment à Goma, montre que les résultats escomptés peinent à se matérialiser. La Police Nationale Congolaise, qui joue un rôle crucial dans le maintien de l’ordre public et la protection des civils, fait face à plusieurs défis dans ce contexte particulier.

Défis :

  1. Banditisme et criminalité : Malgré la présence accrue des forces armées, le banditisme urbain reste un problème majeur. Les descentes de police et les bouclages sont fréquents, mais ils ne suffisent pas toujours à enrayer la criminalité.
  2. Déplacements de populations : Les violences dans les régions voisines, comme Béni, Rutshuru, Masisi et Kalehe/Minova ; poussent de nombreux habitants à fuir vers Goma, créant une pression supplémentaire sur les ressources locales et augmentant les tensions sociales.
  3. Groupes armés : La présence de groupes rebelles, comme le M23, soutenus par des forces extérieures, complique la situation sécuritaire. Les combats entre ces groupes et l’armée congolaise se rapprochent parfois dangereusement de la ville[4].

Enjeux :

  1. Stabilité régionale : La sécurisation de Goma est cruciale pour la stabilité de toute la région du Nord-Kivu. Une ville sécurisée pourrait servir de base pour des opérations plus larges visant à pacifier l’est de la RDC.
  2. Confiance de la population : Les mesures de sécurité doivent également gagner la confiance des habitants. Les accusations de complicité entre certaines forces de sécurité et les criminels nuisent à cette confiance.
  3. Aide humanitaire : La gestion des déplacés et la fourniture de services de base sont des enjeux humanitaires importants.

Une meilleure sécurité permettrait une distribution plus efficace de l’aide et une meilleure coordination des efforts de reconstruction.

Ces défis et enjeux montrent la complexité de la situation sécuritaire à Goma et dans l’est de la RDC. La coopération entre les forces locales, les organisations internationales et la communauté locale est essentielle pour améliorer la sécurité et la stabilité de la région.

  • La ville de Goma face à sa proximité avec des zones de conflit.

Goma fait face désormais à des défis de sécurité importants en raison de sa proximité avec des zones de conflit. La ville est souvent affectée par les combats entre les forces gouvernementales et divers groupes armés, notamment les rebelles du M23. Ces conflits entraînent des déplacements massifs de populations et une augmentation de l’insécurité urbaine.

Les routes principales menant à Goma sont parfois bloquées par les rebelles, ce qui complique l’acheminement des produits de première nécessité. De plus, la ville connaît une augmentation des crimes violents, des enlèvements et des vols, ce qui inquiète les habitants.

Les autorités locales et les services de sécurité travaillent pour améliorer la situation, mais les défis restent nombreux. La communauté internationale et les organisations humanitaires jouent également un rôle crucial en fournissant de l’aide et en soutenant les efforts de paix[5].

  • Des mesures du gouvernement congolais face à l’insécurité grandissante dans la ville de Goma

Pour améliorer la sécurité à Goma, le gouvernement congolais a pris plusieurs mesures importantes :

  1. Renforcement des forces de sécurité : Le gouvernement a intensifié la présence des forces armées (FARDC) et de la police nationale (PNC) dans et autour de Goma pour protéger les civils et dissuader les groupes armés comme le M23.
  2. Collaboration avec la MONUSCO : La Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO) joue un rôle crucial en soutenant les efforts du gouvernement pour maintenir la paix et la sécurité. Des patrouilles robustes et des opérations conjointes sont menées pour prévenir les violences[6].
  3. Réformes du secteur de la sécurité : Le Président Tshisekedi et son gouvernement ont mis en place des réformes pour renforcer l’autorité de l’État, promouvoir la réconciliation et améliorer la formation et l’équipement des forces de sécurité[7].
  4. Protection des droits humains : La MONUSCO aide également le gouvernement à promouvoir les droits humains et à lutter contre l’impunité, en enquêtant sur les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité.

Ces mesures visent à stabiliser la région et à assurer la sécurité des habitants de Goma. La PNC joue donc un rôle crucial dans le maintien de la paix et de la sécurité dans cette région.

La population de Goma sous Résilience

La population de Goma fait preuve d’une résilience remarquable face aux violences de guerre et aux agressions du groupe rebelle M23 soutenu par le Rwanda. Depuis la reprise des combats en 2021, environ 700 000 personnes ont été déplacées vers Goma, augmentant considérablement la pression sur les ressources locales.

Malgré les conditions humanitaires catastrophiques, les habitants de Goma ont lancé plusieurs initiatives locales pour aider les personnes déplacées. Des réseaux d’entraide et des ONG locales se sont mobilisés pour fournir de la nourriture, des abris et un soutien psychologique. Les familles d’accueil jouent également un rôle crucial en ouvrant leurs portes à des proches et amis déplacés.

Cependant, la situation reste extrêmement difficile. Les camps de déplacés sont surpeuplés, les prix des denrées alimentaires ont fortement augmenté, et la peur d’une prise de contrôle par le M23 est omniprésente. Les jeunes de Goma, en particulier, expriment leur désir de paix et leur frustration face à l’inefficacité des efforts de médiation régionale.

Conclusion

En période de crise, comme c’est le cas actuellement à Goma, la PNC doit jouer un rôle de pont entre l’armée et la population. Au-delà des opérations militaires, elle est le visage de l’État auprès des citoyens et son action dans le maintien de l’ordre est cruciale pour assurer une sécurité durable. Une PNC renforcée, bien formée et mieux équipée peut jouer un rôle crucial dans la restauration de la confiance publique et la construction d’une paix durable.

Sous l’état de siège, la PNC à Goma fait face à de nombreux défis, tant sur le plan logistique que sur celui de la perception publique de son rôle. Pour que la ville de Goma puisse connaître une amélioration de sa situation sécuritaire, il est essentiel de renforcer cette institution, de mieux la doter en moyens matériels et humains, et de clarifier son rôle auprès de la population. Il s’agit d’une nécessité urgente si l’on veut non seulement restaurer la sécurité, mais aussi promouvoir la paix durable dans cette région meurtrie.

Par Prof Alain ALISA JOB


[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Goma

[2] Police Nationale Congolaise (PNC) (policehumanrightsresources.org)

[3] 2011_Law_on_the_Police_(DRC)_(French_original).pdf (policinglaw.info)

[4] https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-enjeux-internationaux/rdc-la-diplomatie-dernier-espoir-pour-la-ville-de-goma-8137764

[5] https://news.un.org/fr/story/2022/12/1130507

[6] https://news.un.org/fr/story/2022/12/1130507

[7] https://press.un.org/fr/2022/cs15152.doc.htm

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