MENACES ET OPPORTUNITES AUX ELECTIONS DE 2011- 2023 DANS LA PROVINCE DU NORD-KIVU EN REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO

Prof. Alain ALISA JOB SAMBOKERA

2.1.1. Historique de la Création de la Province du Nord-Kivu (1962)

La multiplicité des provinces est l’une des œuvres manifestes du gouvernement Adoula. Dans l’espoir de mettre fin aux sécessions dont le coup d’envoi avait été donné par le Katanga dès juillet 1960, suivie du Sud-Kasaï en août de la même année. Cyrille Adoula, nommé premier ministre en 1961, instaura un système nouveau d’administration en vue d’en venir à bout des dislocations du territoire national. Dans cette nouvelle formule, le fédéralisme fut à l’honneur ; il décida le démembrement du pays en plusieurs provinces.

L’idée de Cyrille Adoula, noble en apparence, fut approuvée à l’unanimité par les membres au conclave de Lovanium qui clôtura ses travaux le 2 août 1962. La vraie démocratie étant synonyme de chaos, il ne suffisait pas qu’il y ait des tentatives de séparatisme quelque part dans un coin du pays pour que cette région soit érigée en province. Des critères à ce sujet furent fixés conformément à l’article 1er de la loi du 27 avril 1962 (Libois, 1996).  Pour qu’une région soit érigée en province, elle devait remplir les conditions suivantes :

  • Totaliser au moins 700.000 habitants,
  • Justifier d’une situation économique permettant de couvrir son budget ordinaire.

Toutefois, si une région ne répondait pas à la première condition, elle ne pouvait être érigée en province que si les impératifs politiques et sociaux l’exigeaient.

Qu’en est-il du Nord-Kivu ? Déjà dès le 4 août 1962, la province du Maniema fut reconnue par le gouvernement central. Les élus provinciaux originaires du Nord-Kivu, à majorité des Banande, suivirent ce modèle. En date du 25 juillet, ils avaient introduit leur pétition à la chambre des Représentants à Léopoldville, se conformant aux conditions exigées. Plusieurs facteurs pouvaient expliquer la création de cette province.

2.1.2. Facteur démographique

L’exigence minimum était de 700.000 âmes. En 1959, on dénombrait 931.707 habitants au Nord-Kivu (Libois, 1996).  À première vue, nous constatons que ce critère était rempli. Mais la réalité en Territoire était la suivante :

  • Territoire de Goma : 29.909 habitants
  • Territoire de Beni : 188.793 habitants
  • Territoire de Rutshuru : 151.381 habitants
  • Territoire de Lubero : 245.906 habitants
  • Territoire de Masisi : 219.314 habitants
  • Territoire de Walikale : 151.381 habitants.

2.1.3. Facteur économique

La fertilité du sol du Nord-Kivu, la richesse minière de son sous-sol, les voies de communication existantes (routes, voies lacustres, aérodromes) furent mentionnées dans la pétition pour vanter la place de choix de l’éventuelle province dans le domaine économique. Aussi, la loi du 27 avril 1962 stipulait-elle à son article 2 : « Le Gouvernement central reçoit les demandes d’érection des régions en provinces sous-forme de pétition appuyée par la signature de 2/3 des élus nationaux et originaires des régions intéressées ».

Bien que des élus de certaines tribus aient refusé de signer la pétition pour des raisons qui seront évoquées plus loin, les élus banande, majoritaires pour l’ensemble du Nord-Kivu, signèrent cette pétition.

Bref, les conditions étaient réunies pour que le Nord-Kivu soit érigé en province. La loi du 14 août 1962 portant création de la province du Nord-Kivu, à ses articles 1, 2,3 et 4, était ainsi libellée :

Art.1. : Il est créé une province dénommée « Nord-Kivu » englobant tous les territoires du district du Nord-Kivu, à savoir : Beni, Lubero, Masisi, Walikale, Rutshuru et Goma. Les deux derniers territoires cités seront soumis au référendum.

Art.2. : Les limites définitives de cette province seront fixées par une ordonnance du Chef de l’État.

Art.3. : La présente loi modifie l’arrêté royal du 5 février 1935 portant création de la province du Kivu en ce qui concerne les territoires repris à l’article premier.

Art.4. : La présente loi entre en vigueur le jour de sa promulgation. Après lecture de cette loi, deux constatations s’imposent :

  • La première est que la nouvelle province était acéphale. En effet, le Chef-lieu de ladite province n’était nullement mentionné.
  • La seconde est que deux territoires : Goma et Rutshuru devaient être soumis au référendum.

Vu ces deux constatations, l’avenir de cette province laissait entrevoir un certain nombre de problèmes d’ordre politique.

2.1.4. Création de la commune de Goma (1966)

Par Indépendance, les Congolais entendaient l’africanisation de tous les secteurs. Cette africanisation générale se fit surtout ressentir dans la politique, entre autres faits, le changement de dénominations. Ainsi, à la place du « C.E.C » de résonnance coloniale, fallait-il parler de commune rurale.

C’est par l’arrêté n°010/44/CAB/PROGOU/N.K/66 que la commune de Goma fut créée (La voix du Nord-Kivu, 1966). Cet arrêté spécifiait en son article 2 que les limites de la commune de Goma s’étendraient sur la surface de l’ancien C.E.C de Goma ainsi que le centre urbain. Cette nouvelle dénomination ne fut pas adoptée pour longtemps, car en juin 1967, le jour où ceux qui l’avaient forgée chutèrent, cette appellation de « commune » disparut avec eux.

2.2. Province de Kinshasa

Kinshasa, en lingala : Kisasa, appelée jadis Léopoldville (en Néerlandais : Leopoldstad) de 1881 à 1966, est la capitale et la plus grande ville de la République Démocratique du Congo ainsi que d’Afrique. Elle s’étend sur 9965 Km². Avec une population estimée en 2021 à 17 millions d’habitants dans sa zone métropolitaine, elle est la troisième ville la plus peuplée d’Afrique derrière le Caire et Lagos. Elle constitue la plus grande agglomération francophone du monde, car ayant dépassé celle de Paris dans les années 2010 et figure parmi les agglomérations les plus peuplées au monde situé sur la rive Sud de fleuve Congo, au niveau de Pool Malebo, elle fait face à la capitale du Congo-Brazzaville.

Les limites de la ville étant très étendues, plus de 90% de sa superficie sont des espaces ruraux ou forestiers (notamment dans la commune de Maluku), les parties urbanisées se trouvent à l’Ouest du territoire. Kinshasa a le statut administratif de ville et constitue l’une des 26 provinces du pays. Ses habitants sont nommés les kinois. 

Le site de Kinshasa est occupé depuis plusieurs siècles par des peuples bantous (Teke, Humbu) et devient une place commerciale au cours des XVIIIè et XIXè siècles. En 1881, l’explorateur Henry Morton Stanley nomme la ville Léopoldville en l’honneur du roi des Belges Léopold II. En 1920, elle ne compte que 1 600 habitants, et voit peu à peu sa population s’accroître jusqu’à atteindre 200 000 habitants en 1950. Durant la seconde moitié du XXè siècle, la ville connaît un fort développement économique et une urbanisation anarchique : passant d’un million d’habitants en 1970 à une population d’environ 17 millions aujourd’hui.

Cœur économique, politique et culturel du pays, Kinshasa est une ville de contrastes, où coexistent côte à côte des secteurs résidentiels et commerciaux huppés, des universités, des camps militaires et des bidonvilles. Elle constitue un nœud de transports de l’Afrique centrale et accueille les principaux bâtiments institutionnels du pays, tels que le palais du Peuple, le stade des Martyrs et le Palais de la Nation. C’est une ville cosmopolite qui accueille de nombreux étrangers, et où le Lingala, le Swahili et le Tshiluba sont les langues principales des habitants aux côtés du Français, qui est la langue officielle.

2.2.1. Toponymie

En kikongo, Kinshasa signifie le « Marché au sel » (de nshasa = « sel » et du locatif Ki). Ce nom devint officiel après l’indépendance du pays, en 1966, remplaçant celui de « Léopoldville ».

En face, sur la rive droite du fleuve Congo, se trouve Brazzaville, capitale de la République du Congo. Pour bien différencier les deux pays ayant « Congo » dans leurs noms, on appelle parfois la République Démocratique du Congo « Congo-Kinshasa » et la République du Congo « Congo-Brazzaville ».

Kinshasa forme une entité administrative à statut particulier ; c’est le centre administratif, économique et culturel de la République Démocratique du Congo. Elle s’étend sur plus de 30 km de l’est à l’ouest et sur plus de 15 km du nord au sud. Ses habitants sont appelés les Kinois. La population de Kinshasa est constituée des représentants de la majorité des ethnies du Congo.

2.2.2. Traces historiques d’occupations humaines

L’Afrique centrale possède des traces d’occupations humaines remontant au premier millénaire avant notre ère. De nombreux sites anciens d’occupation ont ainsi été identifiés autour du pool Malebo, mais la plupart des fouilles sont anciennes et non coordonnées, ce qui pose des problèmes de stratigraphie. Les siècles précédant la colonisation voient des peuples bantous s’installer dans la région du moyen et bas Congo, précédemment exclusivement occupée par les Pygmées. Différentes tribus et peuples composent la nouvelle population.

 Au niveau du pool Malebo, les Tio (ou Téké) peuplent la rive droite (nord) du fleuve et des peuples assimilés aux Téké (Humbu et Mfinu) peuplent la rive gauche (sud). La région voit la traite d’esclaves et le commerce d’ivoire enrichir le peuple Téké, alors érigé en royaume.

Dès le XVIe ou XVIIe, la région du Pool devient une vraie plaque tournante entre le bassin du fleuve et les régions côtières. Des légumes des Amériques sont aussi introduits à l’intérieur du continent grâce au commerce et les esclaves (le plus souvent des vaincus dans différents conflits) partent vers Loango, l’embouchure du fleuve et au Sud du royaume du Kongo. Les Bobangis, parfois appelés Bangala (gens du fleuve), occupaient la majeure partie du commerce avec la région équatoriale en naviguant le fleuve et ses rivières jusqu’aux villages tékés du Pool.

Au cours des XVIIIe et XIXe siècles, des pêcheurs et surtout des commerçants tékés venus du nord installent des marchés et des villages au sud du Pool Malebo et sur le plateau qu’on nommera plus tard le plateau des Batéké. Ces villages sont des colonies car les Tékés se limitent à la pêche et au commerce. Les tribus de la région, Humbu et Mfinu, étaient considérées comme les propriétaires de ce côté du fleuve. Au fil du temps, les colons tékés poussent la population locale plus loin des rives, vers l’intérieur des collines.

Les principaux villages tékés de la rive sud étaient Nsasa avec près de 5 000 habitants, Ntambo avec moins de 3 000 habitants. Lemba, parmi une multitude de petits villages Humbus, était la capitale marchande et politique des Humbus, avec environ 300 habitants. Les marchés du fleuve voyaient des caravanes d’esclaves porteurs d’huile, d’amandes, de palme, d’arachides, de sésame et d’ivoire aller et venir.

2.2.3. Colonisation européenne

Henry Morton Stanley atteint pour la première fois le site de la ville au niveau de Ntambo le 12 mars 1878 lors de sa traversée d’est en ouest du continent africain. En 1881, il signa le « traité de l’amitié » avec un chef téké, Ngaliema, obtenant ainsi le droit d’établissement à l’emplacement de l’actuelle commune de Kintambo, sur les bords de la baie de Ngaliema, et il chargea le capitaine Charles-Marie de Braconnier d’y fonder un poste qu’il baptisa d’avance Léopoldville.

Stanley avait choisi l’endroit où le fleuve Congo devenait navigable en direction de l’amont. Le site spacieux et facile à défendre était déjà peuplé de 66 villages antérieurs à Stanley, avec une population totale estimée à 30 000 habitants. Stanley fonda aussi une autre station, celle-ci près du hameau de Kinshasa, avec l’accord du chef Ntsuvila. Ce village donna son nom à la ville actuelle, se dressant, avec le village de Mpumba, là où aujourd’hui se trouve le quartier des affaires. En 1898, Léopoldville fut reliée par le rail à Matadi. Son importance économique en fut accrue et pourtant, en 1910, on y dénombrait à peine 10 000 habitants.

2.2.4. Capitale grandissante

En 1923, la ville hérita de la fonction de centre administratif assumée jusque-là par Boma, par la mise en application de l’arrêté royal du 1er juillet 1923. La ville était auparavant un « district urbain ». À cette époque, Léopoldville est confinée aux communes de Kintambo et de la Gombe actuelle développées autour de la Baie de Ngaliema. Ensuite apparurent les communes de Kinshasa, de Barumbu et de Lingwala. Dans les années 1930, celles-ci accueillent la majorité des logements pour les employés de la Chanic, la Filtisaf et l’Utex Africa.

Léopoldville ne devint juridiquement une ville que le 25 juin 1941 (avec 5 000 hectares et 53 000 habitants). Par la même occasion, elle devient capitale de la colonie, chef-lieu de la province du Congo-Kasaï et du district du Moyen-Congo. Elle était divisée en deux zones : la zone urbaine, avec Léo II, Léo-Ouest, Kalina, Léo-I ou Léo-Est, et Ndolo ; et la zone indigène au sud. La croissance de la ville s’amplifie en 1945 avec la fin du travail forcé, qui permet aux populations noires d’augmenter. Arrivent alors de nombreux paysans de la campagne, à la recherche d’un emploi, et s’entassant dans les cases de la zone indigène. La ville commence alors à se peupler majoritairement de Bakongo. Dans les années 1950, les cités planifiées de Lemba, Matete, et une partie de Ndjili furent aménagées pour loger les employés de la zone industrielle de Limete. En 1954, la ville ouvre la première université de la colonie, l’Université Lovanium.

La ville compte 11 communes et 6 zones annexes en 1957 : les communes de Kalamu, Dendale (actuelle commune de Kasa-Vubu), Saint Jean (actuelle Lingwala), Ngiri-Ngiri, Kintambo, Limete, Bandalungwa, Léopoldville (actuelle Gombe), Barumbu, Kinshasa et Ngaliema ; et les zones annexes de Lemba, Binza, Makala, Kimwenza, Kimbanseke et Kingasani. Les zones annexes de Ndjili et Matete sont plus tard ajoutées.

Avec les émeutes de janvier 1959, l’indépendance politique se profile, les élections municipales, parlementaires ou présidentielles donnent lieu à des tensions ethniques qui nécessitent l’intervention de la force publique.Les Bakongos remportent néanmoins les élections municipales. Le MNC Lumumba remporte les élections parlementaires (députés et sénateurs). Patrice Lumumba, Premier ministre, proposa à Joseph Kasa-Vubu, de l’Abako, la présidence de la République, poste essentiellement honorifique. Par souci d’unité nationale, celui-ci accepta. La guerre civile qui suivit l’indépendance en 1960 renforça l’immigration des Balubas. Avec la prise de pouvoir du maréchal Mobutu, en 1965 le Lingala devient la langue régionale enseignée à côté du Français. La ville change officiellement de nom en 1966, de Léopoldville à Kinshasa.

En 1968, elle est dotée du statut de région au même titre que les autres régions du pays et le nombre de communes passe à 24. Les 10 nouvelles communes sont : Bumbu, Kimbanseke, Kisenso, Makala, Maluku, Masina, Mont-Ngafula, Ngaba, Nsele et Selembao.

 La loi du 5 janvier 1975 en fit la huitième région de la République (le Kivu a été scindé depuis), avec la création des nouveaux organes administratifs.

2.2.5. Histoire urbaine de Kinshasa

L’histoire urbaine décrit la genèse de Kinshasa et la manière dont elle s’est urbanisée. Cette urbanisation s’est réalisée en deux temps. Le premier correspond à l’époque coloniale, quand la ville a bénéficié d’un plan urbain bien élaboré, et le deuxième, à la période post-coloniale, période à laquelle la ville se développe de façon anarchique, sans plan d’urbanisme. C’est même la période de l’urbanisme spontané.

2.2.6. Croissance urbaine et ‘’maux africains’’

Évolution de la population de Kinshasa
Année Habitants 1920 1 600 1938 35 900 1939 42 000 1950 202 000 1955 292 000 1960 443 000 1965 717 000 1970 1 070 000Année Habitants 1975 1 482 000 1980 2 053 000 1985 2 722 000 1990 3 520 000 1995 4 493 000 2000 5 414 000 2005 6 766 000 2010 8 415 000
Source: Populstat ], World Urbanization Prospects

2.2.7. Croissance démographique

En 1945, la capitale du Congo belge abritait 100 000 personnes. À l’indépendance, en 1960, Léopoldville comptait 400 000 âmes, ce qui en faisait la plus grosse agglomération d’Afrique centrale. Quinze ans plus tard, après que la ville eut reçu le nom de Kinshasa en 1966, sa population avait déjà franchi le cap des 2 millions.

D’après l’Institut national de la statistique, en 2000, Kinshasa comptait près de 6 062 000 habitants dont 3 637 000 de moins de 19 ans, tranche d’âge comprenant donc 60 % de la population qui représente d’ailleurs plus de la moitié de la population urbaine. En 2001, les jeunes de 15 ans représentaient 46,8 % de la population totale.

 Kinshasa a maintenant une structure démographique réellement jeune, et cette jeunesse est particulièrement kinoise de naissance parce que la moitié de la population urbaine est née à Kinshasa. Ce qui n’était pas le cas avant l’indépendance et jusqu’aux années 1970 parce qu’en 1967, lorsque la ville avait environ 865 460 habitants, près de 53 % de la population (460 390 hab.) n’étaient pas natifs de Kinshasa.

En 1984, les résultats du recensement indiquèrent que 59,4 % de la population étaient des natifs de Kinshasa. Les jeunes y représentent une bonne frange de la population. La population a ensuite cru de manière considérable jusqu’à atteindre plus de 8 millions d’habitants selon les estimations de 2010.

Les carences de l’administration ne permettent pas d’obtenir une quantification exacte de la population kinoise. L’exode rural et les migrations consécutives aux guerres civiles à l’Est sont des facteurs supplémentaires qui compliquent le chiffrage. Les estimations actuelles sont fournies par des ONG et parfois basées sur la détermination du taux moyen d’occupation urbaine par photographie aérienne, principalement dans les zones où l’habitat type ne comporte pas d’étages, c’est-à-dire les zones ayant une forte expansion urbaine comme les cités. De ce fait, la population est estimée à plus de 12 millions d’habitants dans le rapport de l’ONU sur les villes, publié en 2016.

2.2.7. Violence et corruption

En 1991, et ensuite en 1993, Kinshasa est victime de pillages, dont les séquelles sont encore visibles tant matériellement qu’humainement jusqu’à aujourd’hui. Ces pillages ont pour cadre une crise économique due à un système politico-économique, finalement aussi inefficace que corrompu, instauré par Mobutu Sese Seko.

En 1997, après l’arrivée au pouvoir de Laurent-Désiré Kabila, des violences ethniques éclatent dans la ville. La politique du nouveau dirigeant influence l’économie de la capitale, et du pays en général, ce qui a pour effet d’accentuer la corruption.

Selon une enquête du Réseau des Éducateurs des Enfants et Jeunes de la Rue (REEJER) de 2006, 13 877 enfants vivent et travaillent dans les rues de Kinshasa, principalement dans les communes de Masina, Kimbanseke et Limete.

2.2.8. Engorgement des transports

L’état de la voirie est mauvais dans de nombreuses communes de l’agglomération, au point que nombre de rues sont impraticables pour des véhicules hors saison sèche. Des travaux de réhabilitation ont été menés. Toutefois, les réhabilitations sont parfois inefficaces.

En conséquence de cette dégradation des chaussées, Marc Pain fait le constat d’une aggravation (entre 1973 et 1984) de l’enclavement de certains quartiers, notamment du Sud, dans l’agglomération, les trajets vers le centre comme de périphérie à périphérie étant de plus en plus longs, à tel point qu’il est parfois plus rapide de se rendre à sa destination à pied plutôt que d’utiliser un véhicule.

Vingt ans plus tard, en 2007, le journal Le Potentiel fait le même constat d’une dégradation : « Autrefois, les conducteurs de véhicules empruntaient certaines avenues secondaires. Celles-ci sont, par les temps qui courent, devenues impraticables ».

En 2008, malgré le lancement des cinq chantiers de Joseph Kabila (voir ci-dessous), l’état des infrastructures reste dans un état de délabrement très avancé dans la ville de Kinshasa. Nombreuses parmi les 24 communes qui la composent sont pratiquement enclavées. […] Aujourd’hui, la réalité du terrain contraste terriblement avec ce que le pouvoir a promis. 

2.2.8. Les problèmes écologiques

La ville est confrontée à d’importants problèmes écologiques. Au premier rang, le problème de l’énergie. En effet, en dépit d’un fort potentiel hydroélectrique des barrages d’Inga I et II, le réseau électrique est vieillissant, mal calibré et peu étendu. Les branchements illégaux et les incidents quotidiens, d’origine naturelle ou humaine, provoquent des pannes à répétition. L’absence d’une énergie disponible partout et peu coûteuse explique l’usage d’autres sources d’énergie.

En 1984, Marc Pain montre qu’environ 45 % de la population fait la cuisine avec des combustibles d’origine pétrolière, la grosse majorité d’autres avec du bois ou du charbon de bois provenant de la déforestation. Des solutions sont recherchées pour gérer des plantations à réponse rapide (eucalyptus, pins). En 2010, la consommation de charbon de bois est estimée à 500 000 tonnes et un grand projet, nommé « Makala », est lancé pour mieux gérer la filière bois-énergie.

Le second est la gestion de l’eau. L’eau potable est assurée par la société publique Regideso. Mais les infrastructures de traitement et d’acheminement de l’eau sont également vétustes et limitées, donc incapables de satisfaire les demandes grandissantes de la ville. La suspicion sur la qualité de l’eau est la raison pour laquelle grandit un marché de l’eau en bouteille et s’installent des systèmes de filtration chez les particuliers aisés. Sans eau courante, des quartiers entiers emploient le système D.

Des travaux sont en projet pour résoudre le problème. Il n’existe aucune station d’épuration. Les eaux usées sont donc rejetées directement dans les rivières et le fleuve Congo, ce qui implique une pollution évidente. Le tout à l’égout ne concerne que le centre-ville et certains quartiers. Il en va de même pour l’évacuation des eaux de ruissellement. Malgré cela, le système actuel est peu entretenu, et donc presque inutile. Par conséquent, Kinshasa est régulièrement touchée par les inondations et parfois par des épidémies.

Le troisième est la gestion des déchets. Il existe un service de traitement des déchets mais insignifiant. Le tri n’existe pas. Fort heureusement, un recyclage d’ordre économique a lieu dans la population. Ainsi, les métaux sont réemployés, ou revendus au poids, et les contenants plastiques sont réutilisés. Les matériaux inertes, comme le ciment, la brique et la faïence, sont pilés et revendus comme gravier. Le bois sert de combustible. Toutefois, la ville produisant une quantité de déchets très importante, il reste bon nombre de détritus inexploitables, le plastique souple en tête. La technique courante consiste à les regrouper en tas puis les brûler, voire les enterrer. En conséquence de quoi, une pollution invisible des sols, de l’air et des eaux par les suies, les gaz toxiques et les métaux lourds, n’est pas à écarter.

2.2.9. Cinq chantiers  

En 2009, le président Joseph Kabila mit en œuvre une série de cinq chantiers pour la nation : les infrastructures, la santé et l’éducation, l’eau et l’électricité, le logement, l’emploi. Tous ont des parties importantes à Kinshasa.

Pour l’infrastructure, d’importants travaux routiers occupent, depuis 2009, la société chinoise CREC dont notamment le réaménagement du « boulevard du 30 Juin » à Gombe et le « boulevard Colonel Mondjiba » à Kintambo, l’« avenue du Tourisme » (longeant le fleuve vers l’aval) à Ngaliema [21]. Un projet d’aménagement de route express au niveau de l’avenue Nyangwe et de l’avenue Kabambare n’a pas encore été entamé.

L’aéroport international de Ndjili voit aussi des travaux de réhabilitation, sa piste doit être réaménagée et un nouveau terminal sera construit. Ce dernier est en partie financé par une redevance perçue auprès de chaque voyageur utilisant l’aéroport. La ville voit aussi l’installation de la fibre optique connectant celle-ci à la côte atlantique, plus précisément au câble South Africa Transit 3/West Africa Submarine Cable.           

2.2.10. Urbanisation

Comme toutes les villes ayant connu un fort développement démographique, Kinshasa a subi un étalement anarchique et l’explosion des petites constructions, parfois de bric et de broc. L’absence d’encadrement rigoureux sur le bâti et le manque de politique urbanistique pour des raisons budgétaires n’ont rien arrangé. Malgré l’amélioration socio-économique du pays depuis quelques années, le phénomène se poursuit encore.

Quoi qu’il en soit, si l’offre publique est exsangue, l’importation des matériaux, le peu d’offre sur le marché du ciment et les conflits de propriétés limitent aussi l’offre privée. Cette inégalité a été responsable d’une forte augmentation des prix immobiliers, déclenchée d’ailleurs par l’arrivée de milliers de fonctionnaires de la Monusco.

L’apparition d’une classe moyenne montante et le retour des investisseurs étrangers a suscité l’intérêt du privé pour la construction lucrative de logements et d’hôtels. Kinshasa connaît donc une forte activité foncière qui a donné lieu à l’érection de nombreux immeubles et maisons, quand d’autres n’ont pas été réhabilités ou rénovés. Ainsi, un projet de développement immobilier haut-de-gamme sur le site marécageux de la rivière Ndjili le long du fleuve Congo est en préparation par la société Hawkwood Properties, détenue par des fonds zambiens. Ce projet immobilier d’envergure constituerait une nouvelle commune appelée « la cité du fleuve Congo ».

2.2.11. Géographie

Une partie importante de la ville s’étend sur une superficie essentiellement rurale et couverte d’une savane herbeuse parsemée d’arbustes. La commune rurale de Maluku se trouvant dans la partie orientale de la ville-province occupe à elle seule 79 % du territoire. C’est une ville de contrastes importants, avec des secteurs résidentiels et commerciaux chics, des universités, des camps militaires et des taudis informes coexistant côte à côte, et donc aussi de vastes zones « rurales » envahissant parfois la ville au point de retrouver maraîchers et élevages en ville. Kinshasa est séparée de Brazzaville par le fleuve Congo.

2.2.12. Climat

Kinshasa a un climat tropical de savane avec hiver sec (d’après la classification de Köppen). La température moyenne annuelle est de 25,3 °c, et les précipitations annuelles sont de 1 273,9 mm. Les mois les plus secs sont juillet et août, avec seulement 3 mm de précipitations et mars et avril les plus humides, avec 196 mm de précipitations.

Moyennes de température et de précipitations
Min.
(°C)
Max.
(°C)
Pluie
(mm)
Janvier2131135
Février2231145
Mars2232196
Avril2232196
Mai2231159
Juin19298
Juillet18273
Août18293
Septembre203130
Octobre2131119
Novembre2231222
Décembre2130142
* Sources : BBC Weather 

Article détaillé : Géographie de Kinshasa.

La ville-province s’étend sur une surface de 9 965 km2 composée d’un grand plateau (Plateau du Kwango), d’une chaîne de collines (monts Ngaliema, Amba, Ngafula), d’une plaine et de marécages au bord du Pool Malebo [26]. La plaine est la partie la plus peuplée et s’étend en forme de croissant de la baie de Ngaliema à l’Ouest jusqu’au plateau du Kwango à l’Est du Pool Malebo.

Les variations annuelles de température dans la région de Kinshasa sont d’environ 13 degrés Celsius. Le climat est de nature équatoriale (chaud et humide), composé d’une saison des pluies de 8 mois. La saison sèche est de mi-mai à mi-septembre. Le reste de l’année est relativement pluvieux, surtout aux alentours de mars ou novembre.

Plusieurs rivières de diverses dimensions traversent les plaines de la ville-province, généralement prenant source dans les collines, coulant du Sud vers le Nord, pour se jeter dans le fleuve Congo. Des lacs de taille réduite, comme le lac Ma Vallée et le lac Vert, y sont aussi localisés.

2.2.13. Subdivision administrative

La ville de Kinshasa est divisée en 4 districts et 24 communes : District de la Lukunga, district de la Funa, district du Mont-Amba, district de la Tshangu.

Communes : Gombe, Barumbu, Kinshasa, Lingwala, Kasa-Vubu, Ngiri-Ngiri, Kalamu, Bandalungwa, Kintambo, Ngaliema, Selembao, Bumbu, Makala, Ngaba, Lemba, Limete, Matete, Kinseso, Masina, Ndjili, Kimbaseke, Nsele, Mont-Ngafula, Maluku.

  • District de la Funa : Bandalungwa, Bumbu, Kalamu, Kasa-Vubu, Makala, Ngiri-Ngiri, Selembao.
  • District de la Lukunga : Barumbu, Gombe, Kinshasa, Kintambo, Lingwala, Ngaliema.
  • District du Mont-Amba : Kinseso, Lemba, Limete, Matete, Ngaba, Mont-Ngafula.
  • District de la Tshangu : Kimbanseke, Maluku, Masina, Ndjili, Nsele.

Les quatre districts urbains de la ville de Kinshasa sont totalement inégaux en ce qui concerne la superficie, les effectifs démographiques, le niveau d’urbanisation, le niveau de vie et la qualité des infrastructures de base.

2.3. Élections sous le régime pluraliste (1960-1965)

Sous le régime pluraliste, la RDC a connu les élections communales, les élections provinciales et les élections législatives nationales. Les différentes élections ont été faites selon le système de représentativité proportionnelle. Depuis l’accession du pays à l’indépendance, les élections communales ont été organisées en 1963 à Ibanda, Bagira, Kikwit, Bulungu, Mangi, en 1964 à Kadutu, Matadi, Boma et Banzangungu en 1965 à Kinshasa appelé alors Léopoldville (Mulumbati, 1990).

2.3.1. Élections communales

Depuis l’accession du pays à l’indépendance, les élections communales ont été organisées en 1963 à Ibanda, Bagira, Bandundu, Kikwit, Bu Lungu, Idiofa et Mangai, en 1964 à Kadutu, Matadi, Boma et Banzangungu, en 1965 à Kinshasa.

2.3.2. Élections législatives nationales 

Les premières élections législatives nationales que le pays a connues depuis son accession à l’indépendance ont eu lieu en 1965. Ces élections ont fait l’objet du décret-loi du 6 octobre 1964 complété par le décret-loi du 8 janvier 1965 portant modification du décret-loi du 6 octobre 1964 organisant les élections législatives nationales et provinciales et du décret-loi du 6 octobre 1964 organisant les élections législatives nationales et provinciales et du décret-loi rectificatif du 31 décembre 1964 (Moniteur congolais n°6).

Deux cent vingt-trois partis politiques ont déposé des listes pour un total de 167 sièges.

2.3.3. Élections provinciales

En 1965, les élections provinciales ont été également organisées en vue de renouveler les assemblées provinciales. Il a été trouvé que sur le plan provincial les mêmes partis et les mêmes associations pour les lés élections législatives nationales.

2.3.4. Élément déclencheur du conflit 

Lorsque Laurent Désiré Kabila tenta de radier les troupes étrangères venues l’aider à prendre le pouvoir (il s’est auto-proclamé Président), une grande rébellion fut créée : le Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD) appuyée par les Rwandais.

D’autres rébellions furent créées presque partout à l’Est et au Nord du pays. L’Ouganda appuyait celle du Nord. C’est notamment dans ce contexte d’imbroglio que fut assassiné le Président Laurent Désiré Kabila par l’un de ses gardes du corps, probablement instrumentalisé par certains laboratoires politiques étrangères.

Joseph Kabila, son fils, prit le pouvoir mais il fut contesté par certains congolais quant à sa filiation avec Laurent Désiré Kabila.

Grâce au concours de la communauté internationale et à celui des Nations Unies, un accord politique fut signé avec les rébellions. Un gouvernement composé d’un président de la République et quatre Vice-Présidents fut mis sur pied. Puis les élections furent organisées en 2006. D’autres élections devaient suivre au terme du premier, notamment celles de 2011 dont les résultats furent contestés par les opposants.

Cette petite historique sur les conflits et les guerres à répétition en République Démocratique du Congo est pour nous l’occasion d’expliquer aux lecteurs de cet ouvrage comment les conflits jouent un rôle important dans la démocratie de la RDC et dans les élections, bien qu’elles (les guerres) ne s’arrêtent pas à l’Est du pays. Les Nations Unies sont venues dépêcher une brigade spéciale pour aider l’armée nationale, les FARDC, à juguler la rébellion qu’est le Mouvement du 23 mars, M23 en sigle.

Après ces guerres à répétition, la communauté internationale et les Nations Unies ont décidé d’aider le gouvernement de la RDC à instaurer une vraie démocratie, à faire respecter les droits de l’homme et la bonne gouvernance bien loin d’être une réalité, mais avec la simple volonté politique des dirigeants congolais ; elle finira par installer la vraie démocratie et organiser les meilleures élections. Bien que meurtrières, les guerres à répétition en RDC sont considérées comme des facteurs favorisant la démocratie dans le pays par le canal des élections, la passation pacifique et civilisée du pouvoir. Bien que facteurs du développement, les conflits doivent cesser en RDC afin de consolider la démocratie.

2.4. Les élections sous le régime moniste (1965-1997)

Sous le régime moniste, la République Démocratique du Congo a connu plusieurs élections dont les plus importantes sont : les élections urbaines et communales, les provinciales, les législatives nationales, l’élection du comité central du mouvement populaire de la révolution, les élections présidentielles.

2.4.1. Les élections urbaines et communales

Les premiers bourgmestres et les bourgmestres adjoints qui, depuis le coup d’état du Lieutenant Général Joseph Désiré Mobutu en 1964, administraient les villes et communes étaient jusqu’en 1977 nommés par le président de la République. En 1977 ont eu lieu les premières élections urbaines et communales. Les conseillers élus à l’issue de ces élections ont procédé à la désignation de bourgmestres et bourgmestres adjoints des communes. Ils ont procédé ensuite à la désignation de leurs représentants appelés à constituer des assemblées urbaines qui ont désigné les premiers bourgmestres et les premiers bourgmestres adjoints.

Il est à noter que l’élection des conseillers communaux, la désignation des bourgmestres et bourgmestres adjoints des communes, la désignation des représentants des conseillers communaux au sein des assemblées urbaines se sont faites sous le contrôle minutieux du parti. Le parti avait mis en place des mécanismes qui ont fait que seuls ceux que le parti voulait étaient élus ou désignés comme conseillers communaux, bourgmestres et bourgmestres adjoints des communes, membres des assemblées urbaines, premiers bourgmestres et premiers bourgmestres adjoints.

En fonction de l’ordonnance-loi 082/ 006 du 26 février 1982 sur la décentralisation, les communes et les villes étaient devenues des entités décentralisées. C’est dans ce contexte qu’ont été mises en place les assemblées urbaines et assemblées communales dont les membres étaient en partie cooptés par le président de la république, président du Mouvement Populaire de la Révolution, et en partie élus. Il est à noter que ceux qui étaient élus ne l’étaient que grâce aux dirigeants du parti qui proclamaient comme élus ceux qu’ils voulaient, quel que soit le nombre de voix obtenues.

2.4.2. Élections provinciales

En fonction de la loi 082/ 006 du 25 février 1982 susmentionnée, les provinces étaient devenues aussi des entités décentralisées. C’est dans ce cadre qu’ont été organisées en 1982, les élections provinciales en vue de former les assemblées provinciales qui étaient appelées à jouer le rôle des législatifs provinciaux. Il convient de noter que l’élection des membres des assemblées provinciales s’est faite mutatis mutandis comme celle des assemblées urbaines et communales. Comme les membres des assemblées urbaines et communales, les membres des assemblées provinciales étaient en partie cooptés par les instances supérieures du parti et en parti élus.

À ce propos, il convient d’observer que si les candidats se sont librement présentés aux élections, seuls ceux qui avaient les faveurs du parti étaient proclamées élus, quel que soit le nombre de voix obtenus. Il est à observer, d’autre part, que si les différents membres des bureaux des assemblées provinciales étaient élus, les présidents des assemblées eux étaient nommés par le président de la république, président du Mouvement Populaire de la Révolution, parti unique.

2.4.3. Élections législatives nationales

Sous le régime moniste il y a eu cinq élections législatives nationales qui, selon des modalités variables, ont toutes connu des implications du Mouvement Populaire de la Révolution.

Les membres de la première législature (1970-1975) étaient choisis par le bureau politique, organe de conception, de décision et d’orientation du MPR, et son choix était entériné ensuite par le peuple par acclamation. En effet, les candidats députés étaient présentés au peuple rassemblé dans des stades de football, et, par acclamation, le peuple entérinait le choix opéré par le bureau politique.

Les membres de la deuxième législature (1975-1977) étaient choisis mutatis mutandis comme ceux de la première législature. Leur mandat n’était que de deux ans. Du 21 au 23 mai 1972 fut organisé le premier congrès extraordinaire du Mouvement Populaire de la Révolution (MPR) pour désigner le candidat du parti à la magistrature suprême, c’est-à-dire, présidence de la République et pour recommander l’institutionnalisation dudit mouvement.

Il en a résulté que les anciennes institutions étaient devenues des organes du Mouvement Populaire de la Révolution et que le président de ce mouvement devenait de droit chef de tous les organes.

Cette recommandation, par la révision constitutionnelle du 15 août 1974, a imposé les élections législatives anticipées en 1975. C’est cette situation qui explique le fait que la deuxième législation n’a duré que de 1975 à 1977, année où de nouvelles élections nationales devraient avoir lieu.

La troisième législature (1977-1982) est, par rapport à la deuxième, caractérisée par le fait que les candidats députés étaient élus directement par le peuple. Et ce sont ceux qui avaient eu le plus de voix qui étaient élus. Mais pour ne pas être débordés à l’Assemblée, par les députés dont ils n’étaient pas sûrs, les dirigeants du parti unique s’arrangeaient pour faire élire ceux qu’ils voulaient avoir comme députés en les proclamant vainqueurs aux élections, quel que soit le nombre de voix obtenues.

La quatrième législature (1982-1987) est caractérisée par le fait que le parti s’est impliqué dans le choix des députés en aval et en amont. En effet, les candidats députés étaient sélectionnés par le comité central (ancien bureau politique) qui avait établi la liste des candidats retenus circonscription par circonscription. Et après l’élection, seuls les candidats que le parti voulait qu’ils soient élus, étaient proclamés élus. C’est dans ce cadre que le comité central a, en 1982, publié la liste des candidats députés par la décision d’Etat n° 28/ 82 du 14 août 1982 portant publication des candidats aux élections législatives de 1982. Les membres de la cinquième législature (1987-1994) ont été élus mutatis mutandis comme ceux de la quatrième législature. Le comité central a, en 1987, publié la liste des candidats députés retenus.

2.4.4. Élections du bureau politique

Parmi les élections que la République Démocratique du Congo a connues depuis son accession à l’indépendance, il faut noter également l’élection du bureau politique en 1977. Le MPR a, en 1977, décidé que les membres du bureau politique qui étaient jusque-là nommés par le président de la république, soient élus par le peuple dans le cadre du processus de la libération de la démocratie. Il est à noter que de différents candidats qui se sont présentés aux élections, le Mouvement Populaire de la Révolution n’en a retenu que ceux dont il avait besoin voire au bureau politique, quel que soit le nombre de voix obtenues, et ce sont ceux-là qui étaient proclamés élus.

2.4.5. Élections présidentielles

Sous le régime moniste, il a été organisé trois élections présidentielles en 1970, en 1977 et en 1984. Et de ces trois élections, le candidat président de la république était unique. Du 21 au 23 mai 1970 a eu lieu le premier congrès extraordinaire du MPR pour désigner le candidat du parti à la magistrature suprême (présidence de la république) et pour proposer l’institutionnalisation du parti unique. C’est dans ce cadre que le Lieutenant Général Joseph Désiré Mobutu a été désigné comme candidat unique aux élections présidentielles qui ont eu lieu cette année-là. Il fut élu avec plus de 90% de voix pour un mandat de sept ans.

En 1977 ont eu lieu les deuxièmes élections présidentielles. Comme aux élections présidentielles de 1970, lors des élections présidentielles de 1977, le présidant Joseph Désiré Mobutu a été désigné et présenté comme candidat unique du parti par les instances supérieures du parti. Et comme pendant élections présidentielles de 1970, il a été élu avec plus de 90% de voix pour un nouveau mandat de sept ans.

En 1984 ont eu lieu les troisièmes élections présidentielles. Le président Joseph Désiré Mobutu a été désigné et présenté comme candidat unique du parti par la décision d’Etat n°35/ CC/ 84 du 24 mars 1984 relative à la candidature du citoyen Sese Seko Kuku Ngbendu wa Zabanga au poste de Président du Mouvement Populaire de la Révolution, Président de la République. Et après l’élection où il a eu 99,16 % de voix, il fut proclamé président du MPR et de droit Président de la République pour un nouveau mandat de sept ans.

2.5. Problèmes soulevés par le déroulement des élections

L’analyse du déroulement des élections sous le régime pluraliste et sous le régime moniste nous a conduits aux observations que voici :

  • Le déroulement des élections s’est heurté à plusieurs problèmes dont les plus importants sont le manque de recensement, le manque de voies et moyens de communication appropriés, l’ignorance des principes démocratiques, l’ignorance des vertus démocratiques, le manque de culture politique qui s’accommode avec les élections, l’ignorance de l’organisation et du fonctionnement des partis politiques, la crise de représentation politique.
  • Les résultats de toute élection ne peuvent être fiables que lorsqu’on a des statistiques fiables sur le nombre de gens appelés à voter. Sous le régime pluraliste comme sous le régime moniste, les élections se sont faites sur base de projections des statistiques élaborées du temps colonial ou sur base de statistiques imaginées par le Ministre de l’intérieur. Ce qui en favorisant les uns, a défavorisé les autres. Cette situation a constitué une source de contestation des résultats des élections et des élus issus desdites élections.
  • Les élections faites sous le régime pluraliste et sous le régime moniste se sont heurtées aussi au problème des voies et des moyens de communication appropriés. Le manque d’entretien des voies de communication et le manque de moyens de déplacement appropriés ont fait que pour se déplacer d’un point à l’autre il fallait parfois plusieurs semaines. Cette situation a fait que certaines élections (ex les élections législatives nationales de 1965) fussent étalées sur 30 jours. Ce qui, en favorisant la fraude, a entraîné la contestation des élections et des élus.
  • Les différentes élections se sont heurtées aussi à l’ignorance des principes démocratiques à respecter pour que la démocratie existe et fleurisse, et dont les plus importants sont : la participation politique du peuple, la représentation du peuple, le respect de la loi, l’égalité entre les citoyens, et le système électoral basé sur la majorité.
  • Les différents éléments de la population ignoraient ce qu’est la participation politique, les formes qu’elle revêt et même les fonctions qu’elle remplit dans la vie politique. Ceci concerne aussi bien les gouvernants que les gouvernés. Par ignorance de ce qu’est la participation, les gouvernants s’opposaient, parfois brutalement, à ce que les gouvernés participent à la vie politique sous-forme de critique verbale ou écrite, de manifestations publiques comme les grèves ou les marches de protestation. De leur côté, les gouvernés, par ignorance de la participation politique, n’hésitaient pas à s’abstenir lors de certaines élections.
  • La notion de représentation du peuple était aussi mal comprise par les gouvernants et par les gouvernés. Ne sachant pas ce qu’est la représentation politique, les représentants du peuple aux différents niveaux se comportaient parfois sans égards vis-à-vis des gouvernés dont ils étaient des représentants. De leur côté, les gouvernés se comportaient parfois sans égards face aux instructions et aux directives de leurs représentants. Cette situation a contribué à la crise de représentation politique.
  • Les différents éléments de la population ignoraient d’autre part que la démocratie impliquait le respect de la loi ; certains d’entre eux considéraient la démocratie comme synonyme de libertinage. C’est ce qui explique en partie le caractère déviant des attitudes et comportements qu’ils adoptaient dans les différentes actions politiques qu’ils posaient et dans les différentes interactions qu’ils développaient entre eux.
  • Les différents éléments de la population ignoraient également le principe de l’égalité entre les citoyens. C’est ainsi que certains empêchaient à d’autres de briguer tel ou tel mandat en vertu d’une certaine supériorité qu’ils prétendaient exercer sur eux.
  • La liberté des citoyens était également mal comprise par les gouvernants et par les gouvernés. Les gouvernants, dans leurs interactions politiques avec les gouvernés, n’acceptaient pas que ces derniers posent certaines actions ou adoptent certaines attitudes ou comportements. Les gouvernés, de leur côté, n’acceptaient pas que les gouvernants posent certaines actions ou adoptent certaines attitudes ou comportements.
  • Le système électoral basé sur la majorité était également mal compris des gouvernants et des gouvernés. De même que les gouvernants n’acceptaient pas que leurs adversaires fussent proclamés élus pour avoir eu plus de voix, de même les gouvernés n’acceptaient pas que leurs candidats perdent les élections pour n’avoir pas eu la majorité électorale. Cette situation a souvent été à la base de contestations des résultats des élections et des élus.
  • Les élections faites sous le régime pluraliste et sous le régime moniste se sont également heurtées à l’ignorance des vertus démocratiques qu’il faut cultiver, qu’il s’agisse de vertus civiques comme la maîtrise de soi, du respect des engagements, de l’altruisme, du dévouement ou qu’il s’agisse de vertus politiques comme la véracité, la prudence, la justice.
  • Les différentes élections se sont heurtées également à l’ignorance des vices démocratiques à éviter. Il s’agit notamment de l’intolérance, du sectarisme, de l’égocentrisme et du rigorisme.
  • Les différentes élections se sont, par ailleurs, heurtées au manque de culture politique pour qu’il y ait accommodation des élections. La culture politique qui a prévalu et qui prévaut encore aujourd’hui en République Démocratique du Congo est, pour utiliser l’expression d’Almond et Powell (1972), paroissiale. Il en a résulté que les partis politiques et les associations par et à travers lesquels les gens participaient à la vie politique étaient formés essentiellement sur base des affinités ethniques. C’est ce qui explique le fait que bien des associations étaient transformées en partis politiques.

L’ignorance de l’organisation et du fonctionnement des partis a, d’autre part, fait que les partis politiques ou ceux qu’on présentait comme tels n’avaient pas de projet de société exprimé dans une idéologie claire.

La plupart de ces partis étaient animés par des structures mal définies remplissant des fonctions mal définies et dirigées par des hommes à compétence douteuse sélectionnés sur base des affinités ethniques ou provinciales. Il est à noter que certains de ces partis se présentaient comme des partis clientèles dans la mesure où les gens se regroupaient autour d’une personnalité appartenant soit à leur ethnie soit à leur province et dont ils espéraient des solutions à leurs problèmes locaux. D’autres se présentaient comme des partis électeurs dans la mesure où ils se mobilisaient uniquement au moment des élections.

Les représentants élus dans ces conditions ne pouvaient que représenter leurs ethnies ou leurs provinces dont ils étaient issus. Il sied de noter, par ailleurs, que par leur façon de travailler, ces représentants ont été à la base du découpage du pays en nouvelles entités politico-administratives. Les éléments de différents groupes ethniques ont, pour la plupart, cherché, chacun, à vivre dans une entité politico-administrative dirigée par quelqu’un de son groupe ethnique qui, selon eux, pouvait mieux s’occuper de leurs problèmes, de leurs besoins, bref de leurs intérêts. Cette situation a contribué à la crise de représentation.

Le système électoral privilégié aussi bien sous le régime pluraliste que sur le régime moniste est celui de représentation proportionnelle. Ce système apparaît, par rapport aux différents systèmes électoraux susmentionnés, comme le meilleur dans la mesure où il accorde à chacun son dû. Mais confronté à la réalité sociale, ce système comporte de nombreuses distorsions. D’abord tous les partis et toutes les associations n’étaient pas représentés au sein des institutions politiques du pays. Certains partis n’étaient pas représentés parce que très petits, d’autres étaient surreprésentés parce que très grands. Cette situation s’est présentée lorsque le nombre d’élus par circonscription était petit. Il en était de même des associations.

À ces considérations, il faut ajouter le fait que toutes les associations n’avaient pas présenté de candidats dans la mesure où certaines, sous l’emprise de plusieurs facteurs, notamment la culture politique paroissiale, n’avaient pas estimé nécessaire de se faire représenter au sein du système politique. Pour ces raisons, les représentants issus des partis politiques et surtout des associations ne pouvaient pas prétendre représenter tous les éléments de la population. Il convient de noter aussi que la représentation proportionnelle a aussi connu une crise parce que les représentants, enivrés par les avantages que confère la représentation ne faisaient plus ce que voulaient ceux qu’ils représentaient, n’agissaient plus et ne parlaient plus pour l’intérêt de ceux dont ils étaient des représentants. La crise de représentation politique s’explique ainsi par l’incapacité des représentants politiques de défendre les intérêts de ceux qu’ils représentaient.

Incapables de prendre la parole dans les débats, de développer des arguments solides et cohérents pour défendre les intérêts de ceux qu’ils représentaient, certains élus approuvaient parfois ce que leurs collègues parlementaires faisaient ou disaient contre les intérêts de ceux qu’ils représentaient. La crise de représentation politique s’explique également par l’ignorance du rôle des représentants. En effet, ne sachant comment ils devaient se comporter en tant que représentants politiques, ils agissaient ou parlaient des intérêts de ceux qu’ils représentaient. Cette situation a amené les différents éléments de la population à bafouer les instructions, directives de leurs représentants politiques, à adopter des attitudes et des comportements opposés à ceux de leur recommandés par leurs représentants politiques. Cette crise faisait, d’autre part, que les représentants politiques fussent moins forts que les autres notamment les représentants religieux, culturels, économiques et symboliques.

Les différentes élections que la République Démocratique du Congo a connues depuis son accession à l’indépendance ont, pendant leur déroulement, développé des antagonismes entre les leaders des partis ou associations et entre les différents éléments de la population qui les supportaient, suite à l’ignorance des mécanismes de fonctionnement de la démocratie.

Les élus issus de ces différentes élections n’ont pas pu promouvoir le développement socio-économique du pays parce que les partis et les associations par et à travers lesquels ils avaient été élus étaient formés essentiellement sur base des affinités ethniques ou provinciales. Ils avaient, de ce fait, tendance à travailler pour l’intérêt des ethnies ou provinces auxquelles ils devaient leur élection d’une part. D’autre part, ne comprenant pas très bien le rôle de représentants et omnibulés par les avantages matériels liés aux fonctions politiques qu’ils exerçaient, bien des élus ne travaillaient plus pour l’intérêt du peuple qui les avait placés au pouvoir. Ce qui a favorisé la crise de représentation politique. Le champ de la pratique électorale en République Démocratique du Congo depuis son accession à l’indépendance est très étendu. Il requiert d’autres investigations que voudrait susciter cet essai.

La sécurité en particulier doit gérer les « zones interdites » où les inscriptions n’ont pas lieu en raison de l’insécurité (IDEA international, 2013).

BIBLIOGRAPHIE

  • Organisation de la francophonie (OIF), Audit du fichier électoral de la RDC du 06 au 26 mai 2018. Conclusions et recommandations préliminaires.
  • Rapport de la Fondation Westminster sur les élections de 2006 en RDC.
  • SADC et EISA, Principes de Gestion, de Surveillance et  d’Observation des Elections dans les Pays de la SADC.
  •  Ordonnance législative N°25/554 du 06 novembre 1959 relative au droit de vote et d’éligibilité.
  • La loi N°70/001 du 23 décembre 1967 portant révision de la constitution du 24 juin 1967. Le Mouvement Populaire de la Révolution (MPR) devient désormais le seul parti politique du pays.
  • La constitution de la transition 1+4 de la RDC du 05 avril 2003.
  • La Loi N°04/002 du 15 mars 2004 portant organisation et fonctionnement des partis politiques en République Démocratique du Congo. 
  • La Loi N°04/009 du 05 juin 2004 portant organisation, attributions et fonctionnement de la Commission Electorale Indépendante (CEI).
  • La Constitution de la RDC du 18 février 2006, telle modifiée par la loi N°11/002 du 20 janvier 2011.
  • La Constitution du 18 février 2006.
  • La loi N°06/006 du 09 mars 2006 portant organisation des élections présidentielle, législative, provinciale, urbaine, municipale et locales.
  • Loi modifiant et complétant la loi N°06/006 du 09 mars 2006 portant organisation des élections présidentielles, législatives, provinciales, urbaines, municipales et locales telle que modifiée à ce jour.
  • La Loi organique N°10/013 du 28 juillet 2010 portant organisation et fonctionnement de la Commission Electorale Nationale Indépendante.
  • La Loi organique N°13/012 du 19 avril 2013 modifiant et complétant la loi N°10/013 du 28 juillet 2010 portant organisation et fonctionnement de la Commission Electorale Nationale Indépendante provinciale, urbaine, municipales et locales. 
  • Journal officiel de la RDC. loi N° 15/00 1 du 12 février 2015 modifiant et complétant la loi électorale N°06/006 du 09 mars 2006 portant organisation des élection présidentielle, législatives, provinciales, urbaine, municipales et locales telle que modifiée par loi N°11/003 du 25 juin 2011. Article 103109, février 2015.
  • Loi N°15/001 du 12 septembre 2015 modifiant et complétant la loi électorale N°06/006 du 09 mars 2006 portant organisation des élection présidentielle, législatives, provinciales, urbaine, municipales et locales telle que modifiée par la Loi N°/11/003 du  juin 2011.
  • Journal Officiel de la RDC, Loi organique N°13/012 du 19 avril 2013 modifiant et complétant la loi organique N°10/013 du 18 juillet 2010 portant organisation et fonctionnement de la Commission Electorale Indépendante, 55ème année, numéro spécial, juillet 2014.

1 réflexion sur “MENACES ET OPPORTUNITES AUX ELECTIONS DE 2011- 2023 DANS LA PROVINCE DU NORD-KIVU EN REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO”

  1. NZOGU SABILEMBO LÉON ERIC

    Il ya un adage qui dit, je cite : <> fin de citation.
    Je pense que la connaissance de la province du Nord-Kivu, est le point culminant pour bien la servir.

    Sinon merci pour toutes ces informations.

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